Nguyen Phan Que Mai – Pour que chantent les montagnes ♥
(Roman / 2020 / The mountains sing)

J’étais trop jeune pendant la guerre du Viêt Nam pour avoir conscience de la tragédie qui se jouait à l’époque dans ce pays lointain.
Puis on nous a présenté une certaine vision du conflit sur grand écran (Voyage au bout de l’enfer, Apocalypse now, Platoon, Full metal jacket), avec les gentils Américains tentant de protéger les gentils Vietnamiens face aux hordes de Vietcongs sauvages, mélangeant allègrement les résistants du sud et les communistes du nord, en omettant la corruption du gouvernement de Saïgon et l’humanité de tout Vietnamien.
Pour que chantent les montagnes présente une famille vietnamienne sur quatre générations, prise dans la folie de l’Histoire. Il s’agit d’une fiction. L’auteure s’est cependant basée sur des faits réellement arrivés à sa famille ou à des connaissances pour élaborer ce récit poignant qui offre une autre vision de l’histoire de ce pays, avec les occupations française, japonaise et américaine, mais aussi avec la Grande Famine et la réforme agraire qui ont fait de nombreuses victimes, la propagande communiste qui a déchiré des familles, le sort des soldats après la guerre et la force et l’ingéniosité nécessaires aux femmes qui avaient perdu provisoirement ou définitivement leur mari, pour s’adapter, survivre et protéger leurs enfants.
Nguyen Phan Que Mai, profondément humaniste, ne dépeint pas les Américains comme un peuple d’envahisseurs sanguinaires. Elle souligne toutefois l’impact dramatique sur la nature et la population de l’utilisation de l’agent orange et des 7,5 millions de tonnes de bombes larguées par les États-Unis.
Les sujets terribles abordés dans ce livre sont adoucis par la plume sensible et poétique de l’auteure, qualité souvent à l’honneur dans les écrits en provenance de cette région du monde.
Un témoignage rare et précieux. Un roman bouleversant et indispensable pour mieux comprendre cette période de l’histoire du Viêt Nam. À ranger à côté de Pachinko de Min Jin Lee qui emmène le lecteur en Corée et au Japon.
Extrait
Je suis retournée à mon feu, pensive. La vie humaine est si courte et vulnérable ! Le temps et la maladie nous consument comme les flammes qui dévoraient ces morceaux de bois. Mais peu importe combien de temps nous vivons. L’essentiel est la lumière que nous projetons sur ceux que nous aimons, et le nombre de personnes que nous touchons de notre compassion. (p.398)
L’auteure et son œuvre
Nguyen Phan Que Mai est née le 12 août 1973 dans un petit village du nord du Viêt Nam. Poétesse et romancière, elle a écrit une douzaine de livres à ce jour, en vietnamien et en anglais, notamment Pour que chantent les montagnes, best-seller international qui a remporté de nombreux prix, et son deuxième roman Là où fleurissent les cendres (2023 / Dust child).
Mon Nguyen Phan Que Mai ++
Je n’ai rien lu d’autre de cette auteure pour le moment.
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Le soleil des Scorta a tout pour me plaire. Certainement tout pour plaire.
Commençons par les personnages. Ils ont une personnalité affirmée. Ils expriment une volonté farouche d’aller au bout de leurs idées, même lorsqu’ils se taisent ou n’ont pas idée de ce qu’ils veulent vraiment. Ils affichent du caractère. Ils sont chauds, simples et complexes, droits dans leurs bottes même s’ils sont voleurs ou n’ont pas les moyens de se chausser. Ils sont solidaires, parfois à leur manière. Ils ont le sens de l’honneur. Ils ont le sens de la famille, toujours. Ils sont entiers, surtout. Tous.
Le cadre. Les Pouilles. Le sud de l’Italie. Une région pauvre. Fière. Attachée à sa terre et à ses traditions. Un village de carte postale écrasé sous la chaleur du sud. Un climat qui mène la vie rude à ses habitants. Des villageois qui y naissent et y meurent pour la plupart. Un coin du bout du monde où le curé, représentant de Dieu sur Terre, fait la leçon à ses paroissiens qui écoutent, tête basse. Du moins tant que le curé les comprend et accepte d’être un des leurs. Un lieu hors du temps, qui a toujours été et qui sera toujours. Tant que le soleil y fera pousser des oliviers et que la mer fournira du poisson.
L’histoire. Un amour malheureux qui débouche sur une lignée qu’on méprise, qu’on maltraite, qu’on craint, qu’on aime et qu’on protège quand même, ne font-ils pas partie du village ? Une histoire de famille, d’amour, de transmission. Une histoire universelle.
L’écriture de Laurent Gaudé, enfin. Ciselée, majestueuse, précise, tranchante, émouvante, d’une force évocatrice impressionnante, poétique.
Un roman puissant, bouleversant, inoubliable. Un chef-d’œuvre.
(prix Goncourt, mais c’est si peu important, comparé à la magnificence de ce récit)

D’un papillon à une étoile, le premier roman d’Éloïse Riera, est une histoire de voyages.
Un voyage vers les étoiles, sans la distance, sans les années-lumière, sans Kourou ni Cap Canaveral. Un voyage en émotion, avec la plume délicate de l’auteure. Un voyage à la découverte de l’Espagne, rêve d’un père à qui on a annoncé qu’il allait mourir sous peu. Un voyage de reconstruction d’une famille, organisé par une fille du père, qui a envie de recoller les morceaux tant qu’il en est encore temps. Un voyage de révélations, faites les uns aux autres, découvertes en chacun, parce qu’un voyage intérieur aussi pour chaque voyageur. Un voyage vers l’espoir parce que si tout voyage a une fin qui arrive trop tôt, programmée ou tragique, chaque voyage laisse des souvenirs impérissables. Un voyage qui nourrit l’âme. Un voyage pour fêter la famille et la vie.
D’un papillon à une étoile est puissant et poétique, intense et éthéré. On sent que pour écrire ce roman presque intime, Éloïse Riera a puisé de la force et de la sérénité dans une étoile qui compte particulièrement pour elle et qui brille plus que jamais de fierté pour sa fille.
Je ne peux que vous conseiller d’entreprendre ce voyage. Et également de profiter de vos proches, le temps file à une vitesse vertigineuse.
Merci Éloïse Riera pour ce voyage.

Marie Villequier avait démarré fort avec son premier roman Et nos routes toujours se croisent. La qualité ne baisse pas avec ce nouveau roman, Nos ailes audacieuses, autant sur la forme (écriture toujours riche et fluide) que sur le fond (sujets très intéressants). Comme pour le précédent, l’histoire m’a complètement happé. Je n’avais qu’une envie : le lire d’une traite. En même temps, j’étais ravi de le faire durer un peu (trois jours !). Le paradoxe de tout excellent livre.
Marie Villequier nous présente des personnages forts, issus de son imagination, et jette des passerelles vers des femmes fortes ayant réellement existé, qui ont dû se battre pour s’imposer dans un milieu qui n’avait à leur époque rien de féminin : l’aviation ! Ces premières pilotes femmes forcent le respect.
Nos ailes audacieuses se déroule sur deux temporalités. Marie Villequier maîtrise cet art à la perfection.
Nous retrouvons dans ce deuxième roman des thèmes chers à l’auteure : la force, le courage et la place des femmes dans la société, la résilience, la famille, la bienveillance. Marie Villequier invite à ne jamais se laisser abattre, à chercher le positif dans chaque épreuve à surmonter et à s’y accrocher pour refaire surface, à croire en ses rêves.
J’ai particulièrement apprécié toute la poésie dont l’auteure a usé pour décrire l’importance et la puissance du courrier postal, acheminant des messages personnels, uniques, parfois bouleversants, à travers le monde, ici grâce à l’Aéropostale.
La couverture de Morgane Flodrops est juste magique.
Finaliste du Grand Prix du Romanesque 2025, Nos ailes audacieuses risque de rafler des prix, à l’instar de Et nos routes toujours se croisent avant lui.
Les ailes audacieuses de Marie Villequier n’attendent que vous pour se déployer davantage !

Je suis souvent imperméable aux recueils de poèmes, aux vieux, aux récents. Ça tombe bien, je ne vois pas « Ces cas, à part » comme des vers alignés en rangs. Ces cas à part sont à part justement. Je la vois partout, elle. Et lui qui s’interroge et qui ose. Sortir de la solitude ? Être et rester enfin deux ? Et elle. Et le monde pourri. Et la colère. Et l’urgence. Et elle encore. Et le râle guttural qui vient du fond des tripes. Et les notes de piano. Et elle toujours. C’est très beau. Mais peut-être que je suis à côté de la plaque. PKD n’était pas poète. Chacun lira quelque chose de différent. Toute la puissance de ces mots et de ses maux et de ses espoirs. Et de ses désespoirs. Et de l’exploration des corps. Et de la violence du désir. Et de ses questionnements. Sur la vie vouée au néant. Sur le temps. Sur la passion. Sur la fragilité du maintenant. Sur le passé encombrant. Sur la force des sentiments. Sur la réalité de la réalité tout simplement. Effrayant. Bouleversant.
Pour moi « Ces cas, à part » n’est pas une suite de poèmes. Ces cas à part sont
Une voix Un cri Un espoir
Elle Lui Seul dans le noir
Dans ce monde de tarés
Où on compte les ratés.
Elle Mirage ou illusion
Ou rêve en carton.
Mais si elle est vraiment
Un futur pour le présent,
La folie rangée au placard
Elle et lui Seuls dans le noir.

Tout le monde connaît Chroniques martiennes et Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. L’œuvre de cet auteur hors-norme ne se limite cependant pas à ces deux classiques de la science-fiction. Il a écrit des romans, des nouvelles, des pièces de théâtre, des scénarios, de la littérature jeunesse, des essais, de la poésie, en explorant différents genres.
Le vin de l’été, en partie autobiographique, est peut-être son roman le plus personnel. Il raconte l’été 1928 vécu en famille par Douglas Spaulding, 12 ans, à Green Town, Illinois.
Green Town est un double de Waukegan où Bradbury a grandi. Douglas est son deuxième prénom et Spaulding le deuxième prénom de son père.
Douglas grandit. Il partage ses réflexions avec son frère Tom, de deux ans son cadet. Il est émerveillé ou épouvanté par ses découvertes successives au fil des événements de l’été.
Le vin de l’été est un assemblage d’histoires courtes, reliées entre elles par des textes de transition, ce qui confère à l’ensemble la préciosité d’un album souvenir d’un temps révolu, aux plaisirs simples, aux goûts sucrés, aux couleurs flamboyantes, à l’ambiance unique.
La plume de Ray Bradbury fait le reste et ajoute magie et poésie aux mots et aux images.
J’ai été emporté par la douce musique de Bradbury. L’enfant qui découvre qu’il vit. Le même qui prend conscience que rien n’est éternel, que tout le monde finit par mourir. Les soirées à discuter sous le porche. Les repas familiaux. Les amis. Les rituels immuables de l’été. Les nouveautés. Le temps qui passe. La nature de la machine à bonheur. Les ombres qui menacent. Les cadeaux de la nature. Les changements irréversibles. L’imagination débordante qui invente mille histoires dans une banale petite ville. La vieillesse. Le temps qui fait son œuvre et emporte des époques entières. Les générations qui se succèdent. L’été qui s’achève. Les souvenirs de chaque journée contenus dans les bouteilles de vin de pissenlit.
Merci Ray Douglas Bradbury pour ce voyage savoureux. Merci Tiffany McDaniel pour ce conseil de lecture.




