Tiffany McDaniel – Betty ♥

(Roman / 2020)

Couverture du roman Betty de Tiffany McDaniel

Betty naît en 1954, sixième des huit enfants de Landon Carpenter, un Cherokee, et de Alka, née Lark, une blanche. Elle est la seule à avoir la même peau sombre que son père qui l’appelle affectueusement Petite Indienne. Elle raconte l’émouvante et tragique histoire de sa famille, sur la route puis dans une vieille maison qui passe pour être maudite, à Breathed, Ohio.

Abandonnant peu à peu l’innocence de l’enfance, Betty devra trouver sa place dans un monde sans pitié, entre racisme, moqueries, humiliations, méchanceté humaine et terribles secrets de famille, aidée par la sagesse et les récits empreints de magie et de poésie de son père.

Commentaire

Le destin d’une famille de laissés-pour-compte. Autour de Betty, la courageuse Petite Indienne qui tente de faire disparaître ses horribles découvertes en les écrivant sur papier puis en les enterrant, Tiffany McDonald nous offre une panoplie de portraits touchants. Fraya, la grande sœur, qui chante des chansons tristes. Flossie, l’autre sœur, qui rêve d’être une étoile à Hollywood. Trustin, le frère doué en dessin. Lint, le petit dernier, hypocondriaque et collectionneur de cailloux auxquels il raconte ses peines. Un grand frère qui a la bougeotte. Une mère au caractère instable. Et surtout, Landon, le père sublime, qui distille histoires fantastiques, remèdes tirés de plantes et autres conseils de communion avec la nature, le tout issu de sa culture cherokee. Un père toujours optimiste et positif alors que les Blancs lui rendent souvent la vie difficile. Un père tolérant alors qu’il est battu à cause de la couleur de sa peau. Un père qui tente d’apporter un soutien perpétuel aux uns et aux autres par son amour et ses mots.

Tiffany McDonald raconte les joies et horreurs du quotidien avec simplicité et beaucoup de sensibilité et de poésie par l’intermédiaire de Betty, la narratrice. Elle aborde des sujets universels et malheureusement indémodables pour certains : la famille, le temps qui passe, la transmission, les bienfaits de la nature, la quête du bonheur, la force de l’imagination, l’amour, le passage de l’enfance à l’adolescence puis à l’âge adulte, la pauvreté, le sentiment de culpabilité, l’intolérance, la crédulité, les violences faites aux femmes et aux enfants, la religion, la toxicité de certaines personnes, l’extermination de peuples et de leurs traditions.

Betty, ses sœurs et sa mère sont confrontées aux souffrances liées à la condition de la femme. Le personnage de Landon illustre quant à lui le mal fait par les plus forts au long de l’Histoire de l’humanité : discriminations, génocides, extinctions de cultures.

Le roman, émouvant, passionnant, bouleversant, prend une dimension supplémentaire lorsqu’on apprend que la mère de Tiffany McDonald, Betty, d’origine cherokee, est née elle aussi en 1954.

Noir et lumineux. Un roman à lire absolument.

Betty / Ainsi a-t-il été

Je fais une entorse à une règle personnelle que j’avais respectée jusqu’à aujourd’hui sur ce site : ne pas évoquer mes propres romans dans les articles consacrés à d’autres auteurs. Petite entorse parce que je trouve des parallèles intéressants au niveau des sujets abordés entre « Betty » et Ainsi a-t-il été. Avis aux amateurs.

Extraits

Devenir femme, c’est affronter le couteau. C’est apprendre à supporter le tranchant de la lame et les blessures. Apprendre à saigner. Et malgré les cicatrices, faire en sorte de rester belle et d’avoir les genoux assez solides pour passer la serpillère dans la cuisine tous les samedis. Ou bien on se perd, ou bien on se trouve. (p.23)

Nous partagions une même imagination alors. Une seule et belle pensée. L’idée que nous étions importantes. Et que tout était possible.

Mais dès que nous quittions la scène et que nous nous éloignions de notre monde, la réalité ne tardait pas à se rappeler à nous. (p.117)

 Nous nous raccrochions comme des forcenées à l’espoir que la vie ne se limitait pas à la simple réalité autour de nous. Alors seulement pouvions-nous prétendre à une destinée autre que celle à laquelle nous nous sentions condamnées. (p.216)

– Si tu écrivais un poème sur ton père vivant dans un flocon, qu’est-ce que tu dirais, Betty ?
– Je dirais : Mon papa vit dans un flocon de neige. Il a froid. Je le vois en hiver seulement. Une fois, j’ai voulu le serrer contre moi. Mais il a aussitôt fondu dans ma main. Mon papa vit dans un flocon de neige. Il a froid. En été, il me manque énormément. (p.252)

 C’était une femme si belle que les miroirs se lamentaient en son absence. (p.285)

 Tu sais quelle est la chose la plus lourde au monde, Betty ? C’est un homme qui est sur toi alors que tu ne veux pas qu’il y soit. (p.299)

 Il y avait des choses chez mon père qui commençaient à s’écailler, comme une peinture qui vieillit. Quand je lisais les livres que j’empruntais à la bibliothèque, je pensais que mon père – comme les histoires que ces livres racontaient – était né de l’esprit de ces écrivains. (p.319)

 Toutes les mères sont envieuses de leurs filles, dans une certaine mesure, parce que les filles ne sont qu’au début de leur jeunesse, alors que les mères voient la leur s’évanouir peu à peu. (p.462)

 – Je pense que les araignées chantent, répétait Flossie. La toile est leur chanson. (p.573)

L’auteure et son œuvre

Tiffany McDaniel est née en 1985 dans l’Ohio aux États-Unis. Elle est romancière, poétesse et plasticienne. Elle a écrit deux romans à ce jour : « L’été où tout a fondu » (2016 / The summer that melted everything) et Betty.

Mon Tiffany McDaniel ++

Je n’ai pas encore lu le premier roman de cette auteure.

À découvrir aussi

D’autres lectures
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Mes écrits
Ainsi a-t-il été
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