Aurélie Filippetti – Les idéaux

(Roman politique / 2018)

Couverture du roman Les idéaux d'Aurelie Filippetti

Quatrième de couverture

Une femme, un homme, une histoire d’amour et d’engagement.
Tout les oppose, leurs idées, leurs milieux, et pourtant ils sont unis par une conception semblable de la démocratie.
Au cœur de l’Assemblée, ces deux orgueilleux se retrouvent face aux mensonges, à la mainmise des intérêts privés, et au mépris des Princes à l’égard de ceux qu’ils sont censés représenter.
Leurs vies et leurs destins se croisent et se décroisent au fil des soubresauts du pays.
Lorsque le pouvoir devient l’ennemi de la politique, que peut l’amour ?

Commentaire

Présenté comme un roman, « Les idéaux » rencontre un étonnant écho dans un passé récent.

Fille du peuple, issue du monde ouvrier de la sidérurgie lorraine, l’héroïne du livre (qui n’est jamais nommée mais qui ressemble énormément à Aurélie Filippetti) a gravi les échelons politiques jusqu’à l’assemblée nationale. Députée, elle décrit avec émotion son arrivée dans l’hémicycle, chargée à son tour d’œuvrer pour la France et surtout pour les Français qui l’ont amenée à ce poste et qui comptent sur elle pour défendre leurs intérêts. Elle se sent une responsabilité vis-à-vis de ce peuple qui subit toujours sans avoir voix au chapitre.

Contre toute attente (elle en est la première surprise), elle entretient une relation amoureuse clandestine avec un député de l’autre camp. Ils échangent avec passion sur leur vision de ce que devraient être la et les politiques. Elle pointe les manquements à leurs devoirs envers le peuple des hommes en place de son camp à lui, l’aveuglement de ceux qui sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche face à la précarité des autres, le mépris affiché par ces nantis de droite au pouvoir depuis trop longtemps à son sens. Les amants débattent de leurs idéaux.

D’interminables années de frustration et d’impuissance s’achèvent enfin : son camp à elle reconquiert à nouveau le pouvoir suprême dans notre pays. Après les grandes attentes, les grandes espérances, l’euphorie, l’entrée au gouvernement, la solennité des grands débuts, c’est le drame : le programme voté par le peuple n’est pas mis en application par les élus.

Elle assiste, incrédule et stupéfaite, à un improbable retournement de veste.

Les promesses sont oubliées, les militants sont snobés, les usines de sa région sont sacrifiées, les idéaux fondent comme neige au soleil chez ses pairs autour d’elle. Trahison suprême. Espoirs déçus. Incompréhension.

Des gens riches et influents s’immiscent dans leur vie politique et dans les décisions prises par son propre camp, les mêmes qui agissaient ainsi avec l’autre camp lorsque celui-ci était à la manœuvre. Les représentants du Peuple, élus par le Peuple, oublient le Peuple et profitent sans vergogne du système.

Pour couronner le tout et pour ne pas changer, les femmes sont toujours moins considérées que les hommes, à ce niveau de responsabilités comme ailleurs.

Elle finit par démissionner, dépitée.

Aurélie Filippetti nous présente une œuvre courageuse, intime, touchante, qui aurait pu s’intituler « La Grande Désillusion », tellement nous la sentons désabusée par l’après-victoire aux élections, l’envers du décor, la trahison de ses amis politiques par rapport aux engagements initiaux, le constat sans concession qu’argent, soif de pouvoir et corruption ne sont pas l’apanage d’un seul camp. La réalité la frappe de plein fouet : peu importe quel camp est au pouvoir, les autres gagnent toujours parce que ce sont toujours les mêmes qui tirent les ficelles derrière le rideau, les riches intouchables. Un constat d’échec. Le Flanby a un arrière-goût amer.

Un livre qui impose le respect, peu importe ses convictions politiques. Bravo et merci Aurélie Filippetti.

Extraits

C’est cela le pire : pas d’échouer, mais de ne pas oser. (p.327)

 Où placer l’équilibre entre le respect dû à celui qui avait porté des idées et le respect dû à ceux qui les avaient crues ? (p.339)

L’auteure et son œuvre

Romancière et enseignante, Aurélie Filippetti a été députée de Moselle (de 2007 à 2012 et de 2014 à 2017) et ministre de la Culture et de la Communication (de 2012 à 2014). Elle a notamment publié « Les Derniers Jours de la classe ouvrière » en 2003.

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