Jane Austen – Raison et sentiments ♥

(Roman / 1811 / Sense and sensibility)

Couverture du roman Raison et sentiments de Jane Austen

À la mort d’Henry Dashwood, sa femme et ses trois filles sont obligées d’abandonner le domaine de Norland au profit du fils du défunt né d’une première union. Elles s’installent chez un parent généreux John Middleton. Dans leur nouvelle société, Elinor et Marianne, les filles aînées au caractère diamétralement opposé, vivent leurs premiers émois amoureux, entre grandes espérances et terribles désillusions.

Commentaire

Jane Austen réunit dans ce roman tous les ingrédients qui caractérisent son œuvre. Un style d’écriture riche et précis, des passages très drôles, de l’ironie, de l’émotion.

Elle nous présente la petite gentry de la fin du 18e siècle, les aspirations des uns et des autres, les vilenies également.

Jane Austen décrit à merveille l’une des préoccupations principales des femmes en âge de se marier, à savoir trouver un mari convenable et suffisamment fortuné pour assurer confort et bien-être à la famille. La condition sociale, le rang et l’éducation reçue jouent un rôle important dans ces exercices de rapprochements et d’alliances. L’attirance physique et l’inclination entrent également en compte dans ce jeu de relations. Même si les sentiments sont parfois sacrifiés lorsque les circonstances et la réussite d’un arrangement recherché l’exigent.

Des personnages austéniens

Jane Austen a créé une jolie palette de personnages illustrant la complexité de l’âme humaine. À commencer par les deux sœurs unies par une indéfectible affection et pourtant si différentes. La sage et réfléchie Elinor ne livre que peu ce qu’elle éprouve au fond de son cœur. Prudente, les pieds sur terre, elle essaye de toujours raison et contrôle garder. Marianne, au contraire, s’abandonne à ses sentiments, prête à s’enflammer pour les beaux yeux d’un charmant prétendant. Romantique, elle aime passionnément, sans détour. La première obéit aux règles de bienséance, tandis que la seconde n’hésite pas à outrer les esprits conservateurs de l’époque.

Les autres personnages balayent un large spectre de traits de caractère : la sottise, la gentillesse, l’avarice, la cupidité, l’honnêteté, la timidité, l’esprit calculateur, l’étroitesse d’esprit, l’absence de scrupules, le désintéressement, la mesquinerie, la générosité. Toujours avec humour, esprit et une grande capacité d’analyse psychologique.

Bien entendu, les intrigues et les retournements de situation sont au rendez-vous dans ce magnifique « Raison et sentiments ».

Extraits

« Cher, cher Norland, disait Marianne en se promenant seule devant la maison, le dernier soir, quand cesserai-je de te regretter ? Comment pourrai-je me sentir chez moi ailleurs ? O heureuse maison ! peux-tu savoir ce que je souffre en te regardant de cet endroit d’où, peut-être, je ne te verrai jamais plus ? Et vous, mes arbres familiers ! Mais vous resterez les mêmes. Pas une feuille ne tombera à cause de notre départ et pas une branche ne restera immobile parce que nous ne serons plus là pour vous voir ! Non, vous resterez bien les mêmes, ignorant le plaisir ou le regret dont vous êtes cause, et insensibles au changement de ceux qui se promenaient sous votre ombre ! Mais qui donc restera pour vous admirer ? » (p.30)

 Faut-il rejeter toutes les probabilités parce que ce ne sont pas des certitudes ? (p.81)

 Je souhaite, comme tout le monde, être parfaitement heureux ; mais, comme pour tout le monde, il faut que ce soit à ma propre façon. (p.93)

 – Je me suis souvent surprise moi-même à faire ce genre d’erreur, dit Elinor, à me méprendre sur quelque aspect d’un caractère ; on s’imagine que les gens sont plus gais ou plus graves, plus ingénieux ou plus stupides qu’ils ne le sont en réalité, et il est difficile de dire comment et en quoi l’erreur a pris naissance. Parfois, on se fonde sur ce qu’ils disent eux-mêmes et, plus fréquemment, sur ce qu’en disent les autres, sans se donner à soi-même le loisir de réfléchir et de juger. (p.96)

 Lorsqu’on ne souhaite pas être convaincu d’une chose, on trouve toujours des raisons d’en douter. (p.172)

 Un homme qui ne sait que faire de son temps ne se fait pas scrupule de le faire perdre aux autres. (p.202)

 Mrs Dashwood plut également à lady Middleton. Il y avait chez toutes les deux un égoïsme et une sécheresse de cœur qui les attiraient mutuellement ; et elles communiaient, l’une, l’autre, dans une insipide correction et un manque complet d’intelligence. (p.228)

 Elle ne parlait pas beaucoup, car, à l’inverse de beaucoup de gens, elle mesurait le nombre de ses paroles à celui de ses idées. (p.231)

 Le mal est maintenant irréparable et c’est entièrement votre œuvre. (p.248)

 Il regrette ce qu’il a fait. Et pourquoi le regrette-t-il ? Parce que cela ne lui a pas réussi. (p.346)

L’auteure et son œuvre

Jane Austen est née le 16 décembre 1775 à Steventon en Angleterre, avant-dernière de la fratrie. Elle a six frères et une sœur, Cassandra, qui sera sa meilleure amie tout au long de sa vie et qui, comme elle, mourra sans être mariée et donc sans descendance. Son père est pasteur et sa mère compte un lord-maire de Londres parmi ses ancêtres. La famille n’est pas riche mais vit confortablement.

Les Austen apprécient la littérature. C’est donc naturellement que Jane écrit dès son enfance, à cette époque pour amuser ses proches. Elle prend plaisir à se moquer des romans sentimentaux à la mode.

En 1783, les deux sœurs passent par Oxford pour parfaire leur éduction. Puis elles reviennent vivre au domicile familial. Jane y a accès à la l’importante bibliothèque familiale.

Elle est fortement marquée par le décès de son père en 1805.

Outre ses histoires de jeunesse regroupées dans les « Juvenilia », Jane Austen écrira neuf romans dont deux resteront inachevés et une pièce de théâtre.

Elle décède de maladie le 18 juillet 1817, avant d’avoir réussi à terminer son roman « Sanditon ».

Le style Austen

On retrouve dans l’ensemble de l’œuvre de Jane Austen son style pétillant, son art à manier l’humour et l’ironie, son réalisme, sa critique sociale, habile mais sans concession, et sa large panoplie de personnages bien brossés, allant de la jeune fille attachante et pleine de bon sens au baronnet vaniteux déconnecté de la vraie vie.

Austen aujourd’hui

Jane Austen est un des fleurons de la littérature anglaise. Elle est mondialement reconnue et appréciée.

De nombreux écrivains ont rendu hommage à Jane Austen, soit en imaginant une fin à ses romans inachevés, soit en situant leurs propres romans dans l’univers austénien, comme P.D. James dans « La mort s’invite à Pemberley ».

Ses œuvres ont connu de multiples adaptations, au cinéma et à la télévision.

Mon Jane Austen ++

J’ai lu les 9 romans de Jane Austen, tous très recommandables, et une œuvre extraite des « Juvenilia ». Mes préférés, outre « Raison et sentiments », sont « Orgueil et préjugés », « Emma », « Persuasion » et l’inachevé « Les Watson ».

Orgueil et préjugés

(1813 / Pride and prejudice)

Mr et Mrs Bennett habitent la campagne et ont cinq filles à marier. L’arrivée dans le voisinage de riches héritiers leur ouvrent des perspectives intéressantes. Jane et Elizabeth tireront-elles leur épingle du jeu ? S’entendront-elles avec les sœurs de Charles Bingley ? De son côté, Darcy paraît trop fier et hautain pour plaire. Le cousin Collins ou Wickham, l’ami de Darcy, brouilleront-ils les cartes ? Kitty et Lydia Bennett se mêleront-elles des relations amoureuses de leurs grandes sœurs ? L’orgueil des uns et les préjugés des autres empêcheront-ils des alliances de voir le jour ?

Un classique

« Orgueil et préjugés » est le roman le plus connu de Jane Austen. L’attachante Lizzy Bennett en est l’héroïne. Une jeune fille dans la grande tradition des personnages de Jane Austen, pleine de bon sens, jolie, intelligente, spirituelle.

Comme dans « Raison et sentiments », l’auteure nous dépeint la complexité pour les jeunes filles de parvenir à un bon mariage, à la fois pour assurer une sécurité financière et un rang dans la société et, pourquoi pas, y trouver leur bonheur côté cœur.

Un roman magnifique. Si seulement Darcy était un peu moins arrogant et un peu plus marrant.

Extraits

Je lui aurais volontiers pardonné son orgueil s’il n’avait tant mortifié le mien. (p.37)

 La vanité et l’orgueil sont deux choses bien distinctes, bien que les mots soient souvent utilisés l’un pour l’autre. On peut être orgueilleux sans être vain. L’orgueil a trait davantage à l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes, la vanité à ce que nous voudrions que les autres pussent penser de nous. (p.38)

 À ceux qui ne changent jamais d’opinion, il incombe particulièrement de bien juger du premier coup. (p.106)

 Depuis le commencement, je pourrais dire dès le premier instant où je vous ai vu, j’ai été frappée par votre fierté, votre orgueil et votre mépris égoïste de sentiments d’autrui. Il n’y avait pas un mois que je vous connaissais et déjà je sentais que vous étiez le dernier homme du monde que je consentirais à épouser. (p.194)

Mansfield Park

(1814)

Issue d’une famille miséreuse, Fanny Price est âgée de dix ans quand elle est adoptée par son oncle maternel, Sir Thomas Bertram, qui va prendre en charge son éducation. Accueillie dans le domaine de Mansfield Park, Fanny est élevée avec ses cousins et cousines qui, à l’exception d’Edmund, la traitent avec indifférence ou mépris. (début de la quatrième de couverture)

Un roman déroutant. Tous les ingrédients nécessaires à un très grand roman semblent présents dans « Mansfield Park » : une écriture toujours aussi soignée, une ironie savamment distillée, un décor bien planté, une belle histoire, des personnages nombreux et approfondis, des analyses sociales, de l’amour, de l’argent, des rebondissements, du suspense à la Jane Austen. Mais à côté de ces belles promesses, j’ai noté deux grains de sable qui empêchent ce roman d’être parmi mes préférés de l’auteure. D’une, un début un peu laborieux, avec des longueurs sur une représentation de théâtre qui prête à scandale avec trop d’insistance. De deux, Fanny Price et Edmund, personnages très sympathiques au demeurant, sont un peu mous et coincés. On a parfois envie de leur botter le derrière pour les réveiller. Du reste, un lourd conformisme pèse constamment dans cette histoire, malgré les sourires provoqués (contre son gré) par cette chère madame Norris.

Emma

(1815)

Emma Woodhouse, vingt-et-un ans, est belle, riche et intelligente. Et désœuvrée. Elle vit avec son père, veuf, âgé et hypocondriaque. Ils habitent à Hartfield, vaste demeure située près du gros village de Highbury. Ils fréquentent un cercle d’amis fidèles. Pour s’occuper, Emma s’imagine des talents d’entremetteuse. Mais les efforts qu’elle déploie pour rapprocher les uns des autres n’aboutissent souvent pas aux résultats escomptés.

Un beau roman qui mélange les intrigues et les rapports amoureux à la Marivaux et le style travaillé, empreint de retenue et d’humour de Jane Austen. Peu d’action. Un jeu de pistes subtil parsemé d’indices pour aider à comprendre avant son terme qui finira avec qui. Un roman initiatique aussi pour la jeune Emma. Et une peinture soignée de l’importance des différences de classes de l’époque. Une lecture très agréable pour qui est sensible à ce genre d’œuvre.

Northanger Abbey

(1818)

La jeune et crédule Catherine Morland, férue de romans gothiques, découvre la ville de Bath, dans le Sommerset. Elle y rencontre Henry Tilney, qui l’invite à séjourner à Northanger Abbey, propriété de son père. Lieu au nom évocateur, que son imagination présage étrange et inquiétant… (début de la quatrième de couverture)

Jane Austen a écrit ce roman entre 1798 et 1799. Elle l’a finalisé en 1803. Il n’a pu être publié de son vivant à cause de sombres soucis avec son éditeur. Tout ça pour dire que même s’il est paru à titre posthume, « Northanger Abbey » est presque une œuvre de jeunesse de Jane Austen.

« Northanger Abbey » est un roman initiatique, l’apprentissage de la vie de Catherine Morland qui découvre le monde. Jane Austen y dénonce avec beaucoup d’ironie les romans gothiques, la vanité, la vantardise et les pôles d’intérêt très limités (les chevaux) des hommes, la superficialité, l’imagination débordante et la passion des toilettes des femmes, la cupidité et les intrigues intéressées des uns et des autres. Elle s’appuie sur deux personnages pour montrer que tout n’est pas pourri en ce bas monde : le sage Henry Tilney et sa sœur fidèle en amitié Eleanore. Jane Austen défend également avec force le roman. Le tout dans des jeux de piste amoureux dont elle a le secret.

Pas la meilleure œuvre de l’auteure, mais néanmoins distrayant.

Persuasion

(1818)

La très jeune Anne Elliot s’est laissé persuader de rompre ses fiançailles avec Frederick Wentworth, ce dernier n’étant ni assez riche ni assez titré. Il lui faudra traverser plus de sept années de douloureuse inexistence – long automne où elle pense à jamais rester enfermée – avant qu’une seconde chance lui soit offerte. (début de la quatrième de couverture)

Tournant dans l’œuvre de Jane Austen

« Persuasion » est le dernier roman achevé de Jane Austen. Il a été publié à titre posthume en 1818. Il est intéressant à plus d’un titre.

Son ton, tout d’abord. Plus grave qu’à l’accoutumée, mélancolique, un brin désabusé. L’ironie ne prête pas à rire comme habituellement, mais est utilisée pour souligner des traits guère flatteurs de certains personnages, des constats amers et cruels plutôt que des invitations à s’en amuser.

L’écriture ensuite. Si elle n’a rien perdu en finesse ou en précision, elle a cependant évolué. Le ressenti des personnages est davantage mis en avant, les descriptions aussi, au détriment des dialogues, moins nombreux.

La construction du récit est remarquable également. Anne Elliot, l’héroïne, n’est pas une jeune fille romantique qui apprend la vie et la raison au fur et à mesure de l’avancement du récit. Au contraire, très jeune, elle a obéi aux convenances et aux conseils sages de l’autorité, et a par la même occasion détruit son bonheur futur tel qu’elle l’envisageait. Et huit ans plus tard, elle se prend à rêver de manière romantique à recoller les morceaux. Le monde à l’envers. Loin d’un schéma habituel qui part d’un chaos romantique pour finir sur une idylle raisonnable, parfois inattendue, après des expériences et des rebondissements divers et variés.

Du classique, malgré tout

Les thèmes abordés, classiques : des sentiments contrariés, les convenances, les classes sociales, les intrigues, les jalousies, la vanité.

Les personnages, classiques également : le baronnet stupide et vaniteux, la sœur hypocondriaque et envieuse, les intrigants, les sympathiques, mais aussi spécifiques à ce roman : les protagonistes amoureux qui ne suivent pas le cheminement standard puisqu’ils se quittent d’abord avant d’essayer de se retrouver huit ans plus tard, et les marins portés en étonnante haute estime (Jane Austen avait deux frères marins, ceci expliquant peut-être cela).

Inspiration

La mélancolie qui se dégage de ce roman et l’importance donnée au ressenti et aux réflexions des personnages pourraient suggérer que Jane Austen s’est inspirée d’un vécu pour brosser ce tableau un tantinet désabusé, orchestré par des convenances en passe d’être abandonnées (l’ouverture d’esprit des Musgrove pour leurs filles illustre cette évolution des mentalités). L’espoir final d’une seconde chance pourrait être ce qu’elle aurait elle-même souhaité mais pas obtenu. Un doux rêve coiffant sur le poteau une triste réalité.

Extraits

On l’avait contrainte à la prudence dans sa jeunesse et, en prenant de l’âge, elle apprenait à aimer le romanesque, suite naturelle d’un commencement contre nature. (p.79)

 Anne, cependant, pouvait imaginer, en accord avec Lady Russell, qu’un mariage mieux assorti aurait pu apporter beaucoup à Charles, une femme véritablement intelligente ajouter à l’estime dans laquelle il était tenu, ainsi que rendre plus utiles, plus raisonnables et moins communes ses activités et ses habitudes. (p.95)

 « Selon moi, monsieur Elliot, la bonne compagnie est celle de personnes intelligentes, bien informées et ayant beaucoup de conversation.
– Vous vous trompez, corrigea-t-il avec douceur, cette compagnie-là n’est pas la bonne mais la meilleure. La bonne compagnie ne requiert que de la naissance, de l’instruction et des manières ; pour ce qui est de l’instruction, elle ne se montre pas trop exigeante. La naissance et les bonnes manières sont essentielles, mais un peu de savoir ne constitue nullement un danger dans la bonne compagnie ; au contraire, il passera fort bien. (p.226)

Lady Susan

(1871)

Lady Susan est une veuve jolie et intelligente qui paraît dix ans de moins que son âge. Elle maîtrise l’art de la séduction et ne s’embarrasse pas de morale. Ni lorsqu’elle flirte avec des soupirants, beaux pour le plaisir ou fortunés pour assurer l’avenir. Ni quand elle tente de forcer sa fille de seize ans à épouser un personnage riche et stupide. Elle-même a un bon parti en vue. Le fait que l’homme en question soit marié ne semble pas représenter un obstacle insurmontable.

Court roman épistolaire écrit vers 1793 mais publié qu’en 1871. Lady Susan est très éloignée des jeunes filles bien élevées, héroïnes aux mœurs (presque) irréprochables, rencontrées dans les autres romans de Jane Austen. Je ne m’attendais pas à trouver une telle manipulatrice égoïste, sans cœur et sans scrupules chez cette auteure. Roman court mais passionnant. Une réussite !

Les Watson

(roman inachevé / The Watsons)

Emma Watson, dix-neuf ans, retourne auprès de sa famille de condition modeste, quatorze ans après l’avoir quittée. Élevée dans l’opulence, elle est obligée de rejoindre les siens lorsque sa tante suit son nouveau mari en Irlande, deux ans après la mort de son oncle.

Elle est invitée à un bal et y rencontre différents personnages, notamment les Edwards, amis aisés de la famille, les nobles et fortunés Osborne, Howard, l’ancien tuteur de Lord Osborne et le séduisant mais superficiel Tom Musgrave.

Jane Austen a débuté la rédaction de ce roman en 1804. Elle a abandonné ce projet en 1805. The Watsons a été publié pour la première fois en 1871.

Il est dommage que Jane Austen n’ait jamais terminé ce roman très prometteur. Emma Watson, le personnage principal, est un savant mélange d’Emma Woodhouse, d’Elizabeth Bennett, de Fanny Price et des sœurs Dashwood. Elle paraît gaie, intelligente, sensée, bienveillante, empathique, dotée d’humour, la jeune fille pas loin d’être parfaite.

Les temps changent : dans ce roman, un jeune homme n’est pas jugé assez bien pour épouser la fille Edwards parce qu’il n’est que… chirurgien !

La fin de l’histoire imaginée par Jane Austen serait connue grâce à son neveu James Edward Austen-Leigh et à sa biographie de la romancière. Des fins ont ainsi été écrites par différents écrivains (John Coates, etc). Un exercice sympathique mais sans doute périlleux. Je n’ai lu aucune de ces fins.

Sanditon

(roman inachevé)

Les Parker, associés à une riche veuve, Lady Denham, tentent de transformer Sanditon, une petite bourgade au bord de la mer, en une station balnéaire à la mode.

Jane Austen écrit ce roman alors qu’elle est gravement malade. Elle doit d’ailleurs l’interrompre à cause de sa santé défaillante et meurt avant de pouvoir l’achever.

La romancière souhaitait-elle écrire une histoire drôle, presque caricaturale ? Ou, sentant la fin proche, s’est-elle lancée, désabusée, dans un dernier récit dénonçant la bêtise humaine dans toute sa splendeur (le totalement naïf Mr. Parker, le potentiellement superficiel Sidney Parker, les hypocondriaques à l’extrême Diana, Susan et Arthur, l’avare Lady Denham, les héritiers hypocrites tournant autour d’elle, les inepties de la mode) sous l’œil plein de bon sens et sans concession de Charlotte Heywood, une jeune femme proche d’Elizabeth Bennett, d’Emma Watson et peut-être de Jane Austen elle-même ? Elle n’a malheureusement pas eu le temps de terminer son œuvre, ni de nous indiquer où elle souhaitait en venir. Ces questions resteront sans réponse.

Comme pour les Waltons, d’autres auteurs ont imaginé des fins à ce roman, notamment Marie Dobbs. Je n’ai lu aucune de ces fins.

Amour et amitié

(Love and friendship)

Un court roman épistolaire de Jane Austen. Une oeuvre de jeunesse (14 ou 15 ans ?), destinée certainement à faire rire la famille. Jane se moque des grandes histoires sentimentales à la mode à cette époque. Dans cette parodie, elle se livre sans retenue à l’ironie et à l’exagération. Une curiosité.

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