Camille de Peretti – L’inconnue du portrait ♥
(Roman / 2024)

Un roman qui parle d’un tableau. J’ai immédiatement pensé à La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier, en me disant que L’inconnue du portrait aurait du mal à atteindre un tel niveau. J’ai eu tort. Les deux chefs-d’œuvre cohabitent très bien et n’ont rien à envier l’un à l’autre. Leurs seuls points communs sont leur excellence, leur faculté à générer des émotions fortes et le rôle prépondérant d’un tableau.
Le tableau de ce roman est Portrait d’une dame, de Gustav Klimt. Une œuvre qui a vécu d’invraisemblables et mystérieuses péripéties entre 1910 et 2019.
Alors que Vermeer est un protagoniste de La jeune fille à la perle, Klimt n’apparaît ici que comme personnage secondaire.
Camille de Peretti a réussi un double tour de force avec ce roman : inventer une histoire cohérente expliquant les aventures et mésaventures du tableau et, surtout, imaginer une merveilleuse saga familiale autour du tableau. Au point qu’on ne sait plus lequel des deux est le prétexte de la genèse de l’autre. Les deux s’imbriquent à la perfection, pour ne former qu’un, puissant, palpitant, poignant, tout comme réalité et fiction s’emboîtent à s’y méprendre. Du travail d’orfèvre.
Je ne vais pas m’attarder sur les fameuses péripéties du tableau, que je ne connaissais pas avant cette lecture. Je vous laisse les découvrir. Elles sont étonnantes.
Deux mots sur le récit présentant plusieurs générations d’une même famille, sur deux continents : quel talent !
Camille de Peretti m’a bouleversé, emporté, surpris. Les thèmes abordés : les secrets de famille, l’amour, la capacité à trouver sa place dans la société alors qu’on ne dispose pas des meilleurs atouts au départ, la réussite, le bonheur, le regard des autres, l’absence de parents, les différences sociales et les tragédies qu’elles engendrent, sans oublier les drames qui jalonnent nos vies, le tout rattaché aux épisodes de l’Histoire. Un roman dense, riche, inoubliable.
Cerise sur le gâteau, quand on ne sait plus à quel saint se vouer, j’ai découvert que les Saintes Anguilles assuraient grave !
Un roman incontournable.
L’auteure et son œuvre
Camille de Peretti est née à Paris en 1980. Elle a publié neuf livres à ce jour :
Thornytorinx (2005)
Nous sommes cruels (2006)
Nous vieillirons ensemble (2008)
La Casati (2011)
Petits arrangements avec nos cœurs (2014)
Blonde à forte poitrine (2016)
Le Sang des Mirabelles (2019)
Les Rêveurs définitifs (2021)
L’Inconnue du portrait (2024)
Mon Camille de Peretti ++
J’ai n’ai lu que L’inconnue du portrait de Camille de Peretti pour le moment.
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Quelle belle découverte ! Quel roman intelligent !
Dans La fin des hommes, l’auteure déroule une pandémie avec une maîtrise déconcertante. Sachant qu’elle a écrit ce roman un an AVANT le Covid. Elle développe le sujet comme s’il s’agissait d’un cas d’étude fréquemment rencontré, avec une aisance acquise au fil de nombreuses expériences. Mais il ne s’agit pas d’une compilation d’événements vécus. Ce livre est une fiction, avec un degré de crédibilité à faire pâlir les plus grands spécialistes. Elle évite de se perdre dans des détails risquant de nuire à la fluidité du récit, décortique tous les aspects du problème avec une précision chirurgicale : l’origine de la maladie, le processus de propagation du virus, les erreurs de jugement ayant empêché de le circonscrire tant que c’était encore possible, la panique, le chaos dans la société, les mesures prises par les survivants pour se réorganiser et tenter de sauver l’espèce humaine.
La construction du roman est géniale. Christina Sweeney-Baird donne la parole tour à tour à un vaste panel de personnages, sur différents continents, qu’elle suit au fil de la propagation du Fléau : médecin, membre du gouvernement, journaliste, citoyen lambda, etc.
Un autre trait de génie en découle : le lecteur est aux premières loges de la pandémie, impliqué dans l’intime des personnages et dans les impacts planétaires et des spécificités locales.
De magnifiques personnages : imparfaits, réalistes, très travaillés, avec des qualités et des défauts, des espoirs, des doutes et des craintes.
J’ai tremblé avec chacun d’eux, chacune le plus souvent, le virus décimant les hommes. On sait que c’est dur pour ceux (celles) qui restent. La perte. Le deuil. Le manque. Un sens à trouver pour continuer, survivre, revivre. La résilience et la force des femmes. L’auteure traite ces aspects avec beaucoup de sensibilité et d’empathie.
Un livre qui prête à réfléchir. Le Covid en apéritif ? Un Fléau ensuite ? Et si le prochain ne s’attaque pas qu’aux femmes ?
Une dystopie à dévorer puis à ranger à côté des références du genre. Une auteure à suivre de très près !

Mai 2016. Alma Revel est juge antiterroriste. Dans le cadre de cette fonction, elle est amenée à prendre des décisions lourdes de conséquences. Pour son pays, mais aussi pour les jeunes suspectés d’avoir prêté allégeance à l’Etat islamique. Obnubilée par sa mission à tout instant, menacée de mort, insultée, il lui revient de décider qui sera libéré ou non. Avec l’insidieuse question qui tourne dans la tête : risque-t-elle de relâcher un monstre dans la nature ou au contraire d’enfermer un innocent qui tournera mal en prison ?
Comment savoir si le jeune de retour de Syrie est honnête ? Où est la vérité dans toutes les vérités possibles, exprimées, cachées ? Comment prendre le risque qu’un fanatique perpètre un énième attentat ? Mais comment justifier d’emprisonner un innocent ?
À côté de ce métier qui lui ronge la santé, elle a une liaison. Son couple bat de l’aile. Elle hésite à divorcer à cause des enfants, de la bonne décision à prendre, d’un choix là aussi irrévocable.

Un roman extrêmement touchant.
Le narrateur raconte son expérience dans un Parc royal du Kenya où les animaux sauvages sont protégés de la cupidité et de la bêtise des hommes.
L’histoire de la relation entre un lion et les humains qui l’ont sauvé, bébé. L’histoire d’une jeune fille dont le terrain de jeu est la nature sauvage et ce lion son meilleur ami. L’histoire de la force de cet amour innocent. L’histoire du choc des civilisations entre colonisateurs et colonisés africains. L’histoire des tensions dans une famille dont les membres n’ont pas les mêmes rêves. L’éternelle histoire de la cruauté et de la bêtise des hommes, de ses aspirations, de ses règles, de sa vanité, de ses faiblesses. Ce sont de magnifiques descriptions de paysages et d’animaux aussi.
J’ai été subjugué par ce récit à la fois simple et puissant. A lire au moins une fois dans sa vie.

Tout a commencé par une jaunisse pour le narrateur. Ça s’est fini en coup de cœur pour moi. Quelle histoire !
J’avais entendu du bien de cet auteur allemand que je n’avais jamais lu et aussi que ce livre était accessible dans sa langue originale. Lorsque je l’ai vu dans une librairie allemande (oui, il m’arrive de me détendre dans des librairies non francophones, pour l’ambiance), je n’ai pas hésité. Cela faisait tellement longtemps que j’avais envie de relire un livre dans la langue de Goethe. Der Vorleser m’a semblé un candidat idéal. Je ne regrette rien !
J’ai adoré me replonger dans cette langue riche, aux sonorités pleines et si différentes du français. J’ai adoré retrouver des mots puissants, qui n’ont pas d’équivalents chez nous au niveau de leur intensité : Sehnsucht nous emmène loin dans la tête, Heimat prend aux tripes, les deux peuvent briser le cœur et la raison.
J’ai adoré l’histoire surtout.
Je n’avais pas lu la quatrième de couverture et j’ignorais dans quoi je m’embarquais. Bernhard Schlink m’a promené, ému, surpris, crispé, bouleversé. Il est même passé par ma chère Alsace, c’est dire. Si vous souhaitez le lire sans rien en connaître, ce qui m’a très bien réussi et que je ne peux que vous conseiller, sautez le prochain paragraphe.
Pour ceux qui veulent savoir, c’est ici. À quinze ans, le narrateur entretient une relation avec une femme plus âgée que lui. Il la perdra de vue, la retrouvera lors d’un procès concernant la deuxième guerre mondiale. Le roman part d’une jaunisse, passe aux premiers émois amoureux et à ses découvertes et interdits, pour arriver à Auschwitz. Et ce n’est pas tout, mais je ne vais pas tout révéler non plus. En revanche, l’art et la manière avec laquelle l’auteur présente la culpabilité et la honte sont tout simplement admirables. Celles du garçon, de l’homme qu’il deviendra, de celles qui ont mal agi dans les camps, de toute une génération, de toute une nation.
En conclusion, un roman formidable, qui prête à réflexion. Lisez-le, ce Le liseur, si vous ne le connaissez pas. Je vous souhaite d’être secoué et retourné comme je l’ai été.
Des livres de cet auteur à conseiller ?

Le soleil des Scorta a tout pour me plaire. Certainement tout pour plaire.
Commençons par les personnages. Ils ont une personnalité affirmée. Ils expriment une volonté farouche d’aller au bout de leurs idées, même lorsqu’ils se taisent ou n’ont pas idée de ce qu’ils veulent vraiment. Ils affichent du caractère. Ils sont chauds, simples et complexes, droits dans leurs bottes même s’ils sont voleurs ou n’ont pas les moyens de se chausser. Ils sont solidaires, parfois à leur manière. Ils ont le sens de l’honneur. Ils ont le sens de la famille, toujours. Ils sont entiers, surtout. Tous.
Le cadre. Les Pouilles. Le sud de l’Italie. Une région pauvre. Fière. Attachée à sa terre et à ses traditions. Un village de carte postale écrasé sous la chaleur du sud. Un climat qui mène la vie rude à ses habitants. Des villageois qui y naissent et y meurent pour la plupart. Un coin du bout du monde où le curé, représentant de Dieu sur Terre, fait la leçon à ses paroissiens qui écoutent, tête basse. Du moins tant que le curé les comprend et accepte d’être un des leurs. Un lieu hors du temps, qui a toujours été et qui sera toujours. Tant que le soleil y fera pousser des oliviers et que la mer fournira du poisson.
L’histoire. Un amour malheureux qui débouche sur une lignée qu’on méprise, qu’on maltraite, qu’on craint, qu’on aime et qu’on protège quand même, ne font-ils pas partie du village ? Une histoire de famille, d’amour, de transmission. Une histoire universelle.
L’écriture de Laurent Gaudé, enfin. Ciselée, majestueuse, précise, tranchante, émouvante, d’une force évocatrice impressionnante, poétique.
Un roman puissant, bouleversant, inoubliable. Un chef-d’œuvre.
(prix Goncourt, mais c’est si peu important, comparé à la magnificence de ce récit)




