Rachel Joyce – La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry

(Roman / 2012 / The unlikely pilgrimage of Harold Fry)

Couverture du roman La lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry, de Rachel Joyce

Harold Fry, retraité, vit avec sa femme Maureen dans une petite ville près du littoral sud de l’Angleterre. Le couple ne partage plus grand-chose. Leurs échanges sont mécaniques, dépourvus d’intérêt. Un matin, une lettre adressée à Harold par Queenie Hennessy, une ancienne collègue d’Harold, va bouleverser leur vie. Queenie se meurt d’un cancer dans un hôpital sur le littoral nord du pays. Harold part la rejoindre à pied, sur un coup de tête, persuadé que sa marche aidera son amie à guérir.

 Commentaire

Un roman étonnant, d’une force émotionnelle rare. Un de ces romans tristes et beaux, qui font pourtant du bien au moral. À ranger dans une bibliothèque quelque part entre « Changer l’eau des fleurs » de Valérie Perrin, « Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates » de Mary Ann Shaffer et Annie Barows, et « Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » de Jonas Jonasson. Des histoires d’individus ordinaires vivant des moments extraordinaires leur prouvant qu’ils sont eux aussi uniques et dignes d’intérêt.

Harold Fry, insignifiant et effacé tout au long de son existence, trouve dans sa quête la mission de sa vie, l’occasion de racheter ses erreurs et errances passées. Sa marche pour Queenie lui donne l’occasion de replonger dans le passé, souvent douloureux. Elle lui offre une forme de rédemption.

Sa femme Maureen, malheureuse et aigrie, suit un cheminement mental équivalent après le départ de son mari.

Harold et Maureen ont toujours eu du mal à exprimer ce qu’ils ressentaient, ce qu’ils ont traversé, ce qu’ils ont raté, dans l’éducation de leur fils David notamment. Ils se sont murés dans une routine dominée par l’indifférence. L’incroyable coup de tête d’Harold va débloquer les souvenirs et des épisodes qu’ils pensaient irrémédiablement enfouis au fond de leur mémoire.

L’écriture de Rachel Joyce est fluide et agréable. La construction du roman suit le voyage d’Harold au fil des étapes et des rencontres, ainsi que les interrogations de Maureen. L’ensemble est saupoudré d’un humour bienvenu qui évite au roman de devenir déprimant.

Une réussite, pour les amateurs du genre.

À noter que ce roman a eu comme premier titre français : « La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi… ».

Extraits

Si l’on ne pète pas les plombs une fois dans sa vie, c’est sans espoir. (p.49)

 Ce devait être pareil partout en Angleterre. Les gens achetaient du lait, ou bien faisaient le plein d’essence, ou même postaient des lettres. Et ce que les autres ignoraient, c’était à quel point ce qu’ils portaient en eux était lourd. L’effort surhumain qu’il fallait faire parfois pour être normal et participer à la vie ordinaire. La solitude que cela représentait. (p.116)

 Si elle était restée avec Harold durant toutes ces années, ce n’était pas à cause de David. Ce n’était même pas parce qu’elle était désolée pour son mari. Elle était restée parce que, même si elle se sentait seule à ses côtés, le monde aurait été encore plus désolé sans lui. (p.148)

 Une vie sans amour n’était pas une vie. (p.190)

 Désormais, Harold ne pouvait plus croiser un inconnu sans reconnaître que tous étaient pareils et que chacun était unique ; et que c’était cela le dilemme de la condition humaine. (p.203)

 Il avait appris que recevoir était tout autant un don que donner, car cela nécessitait à la fois du courage et de l’humilité. (p.256)

 Nous sommes bien peu de chose, pensa-t-il, et il éprouva tout le désespoir de cette constatation. (p.339)

L’auteure et son œuvre

Rachel Joyce est née à Londres en 1962. Pendant plus de vingt ans, elle a été scénariste pour la radio, le théâtre et la télévision. Elle a été comédienne de théâtre également.

« La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry » est son premier roman. Elle en a écrit d’autres que je n’ai pas lus.

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