Laure Gombault – Vis-à-vis
(Roman / 2023)

Il est terrorisé à l’idée de sortir de chez lui. Ancien soldat, ancien critique d’art, il s’est coupé du monde et vit seul dans son appartement, avec ses hantises, avec son mal.
Elle a peur. Elle se cache. Seule sa soeur sait qu’elle habite dans ce dernier étage. Elle est traumatisée par son passé et par ce qui pourrait lui arriver si on la retrouvait.
Il la voit, dans cet immeuble parisien en face du sien. Il l’épie, l’espère. Elle découvre son petit manège, s’interroge.
Les deux aiment les livres.
Commentaire
Un roman court à la construction originale, avec des chapitres alternés entre elle et lui, chacun étant narrateur à son tour, ce qui permet de décrire avec tendresse et précision les angoisses et les sentiments de l’un et de l’autre.
Dans ce Vis-à-vis, Laure Gombault interroge sur notre capacité à surpasser nos peurs, sur le combat incessant entre ce que nous sommes et ce que la société souhaiterait que nous soyons, peu importe nos aspirations personnelles. Elle interroge aussi sur la force tirée des livres. Sur sa limite, aussi. Sur la force tirée des sentiments, de l’autre. Sur la culpabilité. Sur la capacité à rebondir après le pire des drames.
Un très beau texte.
L’auteure et son œuvre
Laure Gombault travaille comme coordinatrice culturelle pour un réseau de bibliothèques en Normandie. Elle a publié plusieurs romans et recueils de nouvelles avant Vis-à-vis. Notamment son premier roman Un verre avec toi, et aussi Louise sous emprise, L’homme du train, Les interdites, Le ventre de Vénus et Les Sans-gloire.
En 2023, sa nouvelle Les oubliés est publiée dans le recueil Écrire contre la haine.
Mon Laure Gombault ++
J’ai découvert la magnifique plume de Laure Gombault dans le recueil de nouvelles Écrire contre la haine. Ce Vis-à-vis est écrit avec la même sensibilité et la même délicatesse que la nouvelle Les oubliées qui a été un coup de coeur pour moi.
J’ai enchaîné avec plaisir avec Les sans-gloire et Nelly.
Les sans-gloire

Trois femmes racontent leur quotidien durant la Grande Guerre. Leurs maris sont au front tandis que Jeanne, Lucienne et Fernande sont au dispensaire, à la ferme ou à l’usine. Entre amours épistolaires, désespoir et vie de famille, elles permettent à la France de nourrir son peuple et ses soldats, mais aussi de fournir les munitions nécessaires à la poursuite des combats. Trois femmes qui s’émancipent dans un pays qui compte pleinement sur elles et leurs efforts, sans pour autant réellement les considérer. (quatrième)
Quel plaisir de retrouver la plume délicate de Laure Gombault !
Dans Les sans-gloire, elle s’attaque à un sujet délicat et essentiel : le rôle des femmes à l’arrière, lorsque leurs hommes sont partis combattre pour le drapeau. Leur rôle, mais aussi leurs angoisses, leur ressenti, les nouvelles responsabilités qui pèsent sur leurs épaules, leur courage pour venir à bout d’épreuves auxquelles elles n’étaient pas préparées et qui exigent parfois de travailler pour deux voire davantage, leurs sentiments, leur intelligence pas toujours reconnue du côté des mâles dominants, leurs sacrifices, leur force.
Trois femmes, trois histoires. Celle qui soigne ses semblables, celle qui cultive la terre et celle qui s’échine à la production d’armes de guerre.
Trois femmes qui participent au conflit à leur manière.
Trois femmes qui ont des rêves, des peurs, des envies et des besoins.
Laure Gombault nous plonge avec beaucoup de justesse dans le contexte historique de la Grande Guerre. Elle livre ces trois destins inattendus avec sensibilité et sensualité. Elle nous présente les pensées intimes de ces femmes et aussi le cheminement psychologique qui les amènera à prendre des décisions parfois radicales.
Trois longues nouvelles. Trois beaux portraits. Trois récits poignants.
Nelly

Qui peut se vanter de compter une sainte dans sa famille ? Laure Gombault assurément. Nelly, ou mère Marie de Béthanie, est la tante de l’auteure qui lui rend un très bel hommage dans cette hagiographie délicate. Laure Gombault en profite pour rappeler le génocide arménien du début du 20e siècle. Un récit sensible et touchant.
Bravo Laure Gombault pour ce sacré défi !
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Apolline Abgrall a grandi dans un monastère lugubre. Elle est devenue une redoutable chasseuse de vampires pour l’Ordre de Notre-Dame des Ombres. Sa centième canine rapportée à la Mère Supérieure sera synonyme de liberté. La délivrance approche mais de nouveaux obstacles semblent se dresser sur sa route. D’anciennes connaissances refont surface. Ses certitudes se lézardent. Qui croire ? Que croire ? Qui sont les véritables ennemis ? Et sur qui compter ?
Il existe des romans fondateurs. Dracula, de Bram Stoker, par exemple. Si ce n’est pas le premier roman à parler de vampires, c’est celui qui a inscrit les bases du vampirisme dans la littérature et la culture populaire. C’est celui qui a inspiré des milliers d’œuvres par la suite. C’est celui auquel on pense en premier lorsqu’il est question de vampires. Sa descendance prolifère et finira peut-être par le reléguer au stade de légende au même titre que son personnage. Mais il restera le père fondateur et un écho plus ou moins vivace dans la mémoire collective.
De Lune et d’Arcanes m’a mis une grosse baffe. J’ai eu le sentiment que ce roman pouvait être le premier maillon d’une chaîne au potentiel aujourd’hui insoupçonnable. Le socle d’un système de magie basé sur les cartes du tarot, déclinable à l’infini.
Léna Lucily a élaboré des règles de magie, de Lames, de covens, d’Arcanes, où tout est réfléchi, tout s’imbrique dans des capacités et pouvoirs complémentaires, dangereux, à manier avec précaution, à la frontière de notre monde et de ce monde qu’on découvre avec curiosité et effroi. Le lecteur est transporté entre les personnages et leurs spécificités, entre Bateleurs, Transcendance, Pendu, Sans-Nom, lycanthropes et d’autres.
De Lune et d’Arcanes répond présent sur deux niveaux. D’une, sur cette robuste base de magie utilisable dans mille et une histoires différentes, par l’auteure elle-même ou par d’autres écrivains s’inspirant directement des cahiers de Mismar. De deux, sur cette première histoire dans ce nouvel univers qui est aussi le nôtre. Une histoire de lutte de pouvoir, de trahison, de pardon, de résilience, d’amour et de sang, de quête de soi et de sens à donner à sa vie. Une histoire humaine. Une histoire sur le fil du rasoir.
Léna Lucily a-t-elle construit avec De Lune et d’Arcanes les bases fondatrices d’un nouveau monde magique ? L’avenir nous le dira. C’est tout le mal que je lui souhaite.
N’hésitez pas, si le sujet vous parle, lecteurs, auteurs, éditeurs. Vous risquez d’être bluffés à votre tour.
De Lune et d’Arcanes est beau en plus.

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