Valéria Carvet – La nuit du papillon
(Nouvelles fantastiques / 2022)

Un recueil de nouvelles fantastiques portant le titre d’un épisode jamais tourné des Mystères de l’Ouest, voilà qui avait de quoi attiser ma curiosité.
Je n’avais jamais rien lu de Valéria Carvet. Mon petit doigt me susurrait que cette nuit du papillon me plairait. Je lui ai fait confiance et je ne l’ai pas regretté, au contraire ! J’ai adoré La nuit du papillon.
Je ne l’ai pas lu d’une traite. Je l’ai économisé, comme une tablette de chocolat rare. Je l’ai fait durer plusieurs semaines, à raison d’une nouvelle de temps en temps. Je savais que ce livre contenait onze histoires. Alors, je m’en offrais une de temps en temps, me réjouissant à l’idée de découvrir la nouvelle invention de Valéria Carvet, son nouveau cadeau. Un plaisir intense onze fois renouvelé.
Je ne vais pas vous raconter les onze histoires, ni même une seule. Tout le bonheur réside dans la découverte.
Je vais tout de même vous confier à quoi m’ont fait penser ces onze nouvelles : à un mélange réussi de Black Mirror, de Stephen King et de Philip K. Dick. Des références respectables. Le tout à la sauce Carvet et saupoudré d’un léger humour à la Valéria. Un délice pour les yeux.
Si les références évoquées sont pour vous synonyme de shoots d’endorphine, n’hésitez pas à déclencher onze poussées de félicité avec La nuit du papillon !
En plus, il y a des chats.
L’auteure et son œuvre
Originaire du Sud de la France, Valéria Carvet est enseignante et passionnée de littérature fantastique et fantasy. Outre le recueil de nouvelles La nuit du papillon, elle a publié deux romans à ce jour : Watobé, liseur d’étoiles (2020) et Coeurs captifs : Le labyrinthe des rêves (2024).
Mon Valéria Carvet ++
Je n’ai rien lu d’autre de cette auteure.
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Je suis souvent imperméable aux recueils de poèmes, aux vieux, aux récents. Ça tombe bien, je ne vois pas « Ces cas, à part » comme des vers alignés en rangs. Ces cas à part sont à part justement. Je la vois partout, elle. Et lui qui s’interroge et qui ose. Sortir de la solitude ? Être et rester enfin deux ? Et elle. Et le monde pourri. Et la colère. Et l’urgence. Et elle encore. Et le râle guttural qui vient du fond des tripes. Et les notes de piano. Et elle toujours. C’est très beau. Mais peut-être que je suis à côté de la plaque. PKD n’était pas poète. Chacun lira quelque chose de différent. Toute la puissance de ces mots et de ses maux et de ses espoirs. Et de ses désespoirs. Et de l’exploration des corps. Et de la violence du désir. Et de ses questionnements. Sur la vie vouée au néant. Sur le temps. Sur la passion. Sur la fragilité du maintenant. Sur le passé encombrant. Sur la force des sentiments. Sur la réalité de la réalité tout simplement. Effrayant. Bouleversant.
Pour moi « Ces cas, à part » n’est pas une suite de poèmes. Ces cas à part sont
Une voix Un cri Un espoir
Elle Lui Seul dans le noir
Dans ce monde de tarés
Où on compte les ratés.
Elle Mirage ou illusion
Ou rêve en carton.
Mais si elle est vraiment
Un futur pour le présent,
La folie rangée au placard
Elle et lui Seuls dans le noir.

Tout le monde connaît Chroniques martiennes et Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. L’œuvre de cet auteur hors-norme ne se limite cependant pas à ces deux classiques de la science-fiction. Il a écrit des romans, des nouvelles, des pièces de théâtre, des scénarios, de la littérature jeunesse, des essais, de la poésie, en explorant différents genres.
Le vin de l’été, en partie autobiographique, est peut-être son roman le plus personnel. Il raconte l’été 1928 vécu en famille par Douglas Spaulding, 12 ans, à Green Town, Illinois.
Green Town est un double de Waukegan où Bradbury a grandi. Douglas est son deuxième prénom et Spaulding le deuxième prénom de son père.
Douglas grandit. Il partage ses réflexions avec son frère Tom, de deux ans son cadet. Il est émerveillé ou épouvanté par ses découvertes successives au fil des événements de l’été.
Le vin de l’été est un assemblage d’histoires courtes, reliées entre elles par des textes de transition, ce qui confère à l’ensemble la préciosité d’un album souvenir d’un temps révolu, aux plaisirs simples, aux goûts sucrés, aux couleurs flamboyantes, à l’ambiance unique.
La plume de Ray Bradbury fait le reste et ajoute magie et poésie aux mots et aux images.
J’ai été emporté par la douce musique de Bradbury. L’enfant qui découvre qu’il vit. Le même qui prend conscience que rien n’est éternel, que tout le monde finit par mourir. Les soirées à discuter sous le porche. Les repas familiaux. Les amis. Les rituels immuables de l’été. Les nouveautés. Le temps qui passe. La nature de la machine à bonheur. Les ombres qui menacent. Les cadeaux de la nature. Les changements irréversibles. L’imagination débordante qui invente mille histoires dans une banale petite ville. La vieillesse. Le temps qui fait son œuvre et emporte des époques entières. Les générations qui se succèdent. L’été qui s’achève. Les souvenirs de chaque journée contenus dans les bouteilles de vin de pissenlit.
Merci Ray Douglas Bradbury pour ce voyage savoureux. Merci Tiffany McDaniel pour ce conseil de lecture.

En voilà un livre étonnant ! Colette Hoornaert raconte l’histoire de Julie et de sa famille au cours du 19e siècle, dans un village du Nord de la France, proche de la frontière belge.
Le lecteur découvre le monde paysan de l’époque, dur, solidaire, avec ses joies simples et ses drames, se répétant de génération en génération au rythme de la nature et des saisons. D’autres métiers artisanaux sont décrits avec la même passion.
Le style de Colette Hoornaert est à l’image d’un discours d’un paysan de ce temps passé : sobre et précis. Tout y est mais rien ne dépasse. À quoi bon se perdre dans le superflu ? Cette écriture en phrases courtes permet de s’immerger dans l’ambiance du temps et du lieu.
L’auteure met l’accent sur le rôle et le devoir de la femme. Le travail exigeant à la ferme la mise au monde des enfants et leur éducation. Sur leurs combats et leurs espoirs intimes aussi. L’enfance de l’aînée était souvent sacrifiée lorsque celle-ci devait aider la maman à s’occuper de la nombreuse progéniture. Le sort des femmes dépendait du lot qu’elles tiraient : un mari aimable, compréhensif, travailleur, ou au contraire dépensier, colérique, ivrogne, avec toutes les nuances intermédiaires.
Un drame pouvait placer la charge familiale entre les mains d’un des parents.
Au bout des épreuves, des pertes et des dommages collatéraux, la vie triomphe.
Une lecture riche et enrichissante, dense, émouvante et addictive.
Un roman sur la transmission dans l’immuable monde rural, qui permet en même temps de nous transmettre un mode de vie d’un temps révolu. Merci Colette Hoornaert pour cette découverte.
Dans cette suite de Julie, le lecteur retrouve des personnages connus. Pour ne rien divulguer du premier roman, je vais me contenter de vous livrer deux informations. Colette Hoornaert nous fait voyager en Nouvelle-Calédonie et la chronologie nous fait traverser la Grande Guerre.

Erden, 18 ans, vit avec sa famille nomade dans la steppe mongole. Elle rêve de Paris et de New York, même si elle ne sait pas exactement où se situent ces villes.
Max, 21 ans, fils unique d’une famille aisée d’Issy-les-Moulineaux, s’ennuie entre ses études, ses parents que plus rien ne semble réunir et sa copine qu’il connaît depuis toujours. La vie n’a-t-elle qu’un chemin tout tracé à proposer ?
Les deux s’interrogent sur le sens de l’existence.

Juger les gens. Se moquer d’eux. Projeter ses angoisses, ses envies, ses petites jalousies sur de parfaits inconnus. Sans méchanceté aucune, bien sûr. Juste pour s’amuser entre copines attablées à sur la terrasse d’un café. Un sport national. Que celles qui n’ont jamais pratiqué leur jettent le premier caillou.
Le roman démarre avec deux protagonistes s’adonnant à ce petit plaisir mesquin. Calé dans mon fauteuil, sourire aux lèvres, j’étais prêt à embarquer pour une histoire à l’humour grinçant. Que nenni ! Amandine Bazin-Jama brouille les pistes. Maligne, elle nous mène en bateau et nous emmène de manière très intelligente petit à petit vers des sujets de plus en plus sérieux et complexes. Alors nous hochons la tête et approuvons à grands renforts de maximes. L’habit ne fait pas le moine. Il ne faut pas se fier aux apparences. On n’est pas dans la tête des autres. Méfions-nous des préjugés ! Etc.
La vérité est que nous ne connaissons pas la vie des gens que nous côtoyons de près ou de loin. Pire, nous ne savons pas ce qui se passe chez les personnes de notre entourage proche une fois la porte de leur maison refermée. Nous sommes capables d’imaginer un tas de choses, mais nous ne savons rien. De leur bonheur. De leurs craintes. De leurs drames. Des rires ou des larmes, des joies ou de la violence qui se jouent dans leur vraie vie. Rien.
Les médisantes transpire l’honnêteté, l’urgence, l’empathie, l’expérience professionnelle de l’auteure, et aussi cet humour grinçant auquel nous nous accrochons pour ne pas pleurer. Quand je disais que l’auteure était maligne. Elle est très douée aussi.
Un roman excellent, utile, intelligent et même drôle. Un roman qui fait froid dans le dos parce qu’après l’avoir refermé, nous nous demandons combien de familles que nous fréquentons vivent dans la barbarie au quotidien, combien de proches nous sourient alors qu’ils vivent dans un enfer de souffrances. Vigilance.
Merci Amandine Bazin-Jama.
Ce deuxième livre d’Amandine Bazin-Jama, mi-fiction (les noms), mi-réalité (tout le reste), nous propose de partager pendant une semaine le quotidien de Bibi, une médecin généraliste.
L’expérience est concluante et confirme ce que nous savons tous, quelque part au fond de nous. Nos généralistes sont mal en point. Victimes de tous les maux de notre société. L’incivilité. Le manque de moyens du système de santé dans sa globalité (et donc trop de patients et des horaires insensés). La bureaucratie. Le mépris de certains « spécialistes ». Et bien entendu le stress généré par la nature de leur mission, parce qu’ils ne sont pas payés pour taper dans un ballon ou amuser la galerie sur un plateau télé, mais pour soigner des malades, physiquement et psychologiquement. Pour les aider à ne pas mourir lorsque cette mort est évitable. Ils représentent la porte d’entrée du monde de la santé. « Demandez à votre médecin traitant ! ». Ils récupèrent pêle-mêle les petits maux et des cas gravissimes qui s’ignorent. Un mauvais diagnostic peut avoir des conséquences fatales.
Nous voyons nos médecins traitants comme des figures inamovibles et inébranlables. À tort. Ils sont humains. Ils ont les mêmes problèmes logistiques, familiaux, physiques que tout un chacun. Des enfants à emmener à l’école ou au sport. Des repas à préparer. Une voiture à entretenir. Des appareils en panne. Des moments où ça va mieux ou moins bien. Un besoin de déconnecter. Des limites.
Ils sont entre le marteau et l’enclume, entre les malades et les spécialistes, entre les malades et un système de santé défaillant, entre la paperasse et la bureaucratie, entre des règlementations contreproductives et du bon sens salutaire, entre l’envie de soigner et les 24 h non extensibles d’une journée, entre le serment d’Hippocrate et leur vie personnelle à gérer.
Et parfois, ils finissent par craquer.
Nous, patients impatients et sourds et aveugles, savons quelque part au fond de nous que la vie de médecin généraliste est souvent un enfer. Merci néanmoins à Amandine Bazin-Jama de nous le rappeler, avec suffisamment d’humour pour ne pas en pleurer.
À lire absolument, bien sûr.




