Edwin A. Abbott – Flatland

(Science-fiction / 1884 / Flatland: a romance of many dimensions)

Couverture du roman Flatland d'Edwin A. Abbott

Bienvenue à Flatland, un monde à deux dimensions peuplé de figures géométriques plates ! Le statut social d’un homme est déterminé par son nombre de côtés et sa régularité. Plus le polygone a de côtés, plus l’homme occupe une place de choix dans la société. Les prêtres ont une forme parfaite : un cercle. Les femmes sont des segments de droite. Les Irréguliers incurables sont éliminés.

Un jour, un Carré croise un individu prétendant venir d’une autre dimension, un Cercle qui affirme être en réalité une Sphère. Une fois convaincu de l’existence de la troisième dimension, le Carré tentera d’annoncer cette incroyable nouvelle aux autorités.

Commentaire

« Flatland » est un roman étrange au premier abord. Satire sociale dénonçant l’Angleterre victorienne, rigide et discriminatoire ? Allégorie religieuse ? « Flatland » est les deux à la fois.

Tous les habitants ont l’ambition de grimper dans la hiérarchie de ce système de castes, sauf les femmes condamnées à demeurer éternellement au bas de l’échelle sociale. Les lois de Flatland sont cruelles. Toute tentative de changement est vivement réprimée.

Sous ses airs de gentille fable, « Flatland » se révèle rapidement être une dystopie. Le traitement réservé aux femmes, au trait misogyne volontairement accentué, prête à réfléchir. Celui réservé aux Irréguliers fait froid dans le dos.

Cette œuvre originale d’une autre époque s’est transformée en classique indémodable de la science-fiction. Malheureusement toujours trop d’actualité.

L’auteur

Edwin Abbott Abbott (20 décembre 1838 – 12 octobre 1926) était un professeur et théologien anglais.

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Jean Hegland – Dans la forêt

(Anticipation / 1996 / Into the forest)

Couverture du roman Dans la forêt de Jean Hegland

Nell et Eva, dix-sept ans et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours présentes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, remplie d’inépuisables richesses. (quatrième de couverture)

Commentaire

J’avais rarement l’impression de lire un roman d’anticipation au fil des pages de ce superbe « Dans la forêt ». Jean Hegland ne met pas l’accent sur la fin de notre civilisation, sur le potentiel monde post-apocalyptique qui suit la chute d’une civilisation. Elle ne s’attarde pas et ne se perd pas en détails pour expliquer en long et en large les raisons du déclin, de la pénurie d’essence, de la coupure de l’électricité, des éventuelles maladies et guerres qui séviraient dans le pays et ailleurs. L’auteure se concentre sur le destin de deux jeune filles vivant dans une maison isolée au milieu de la forêt, à une cinquantaine de kilomètres de Redwood, Californie, l’agglomération la plus proche.

Livrées à elles-mêmes, Nell et Eva s’accrochent dans un premier temps à leurs passions du monde d’avant. Nell, l’intellectuelle, s’apprêtait à postuler à la prestigieuse université d’Harvard. Elle continue de réviser de son mieux, sans Internet, en utilisant la bibliothèque familiale et en accumulant des connaissances en lisant méthodiquement une encyclopédie. Eva, l’artiste, rêvait d’une carrière de danseuse classique. Elle s’astreint à un dur entraînement quotidien, primordial pour ne pas rouiller, pour ne pas perdre souplesse et tonicité du corps.

Elles espèrent un retour à la normale. Mais elles comprennent aussi très vite que la survie nécessitera une adaptation conséquente à cette nouvelle situation, si particulière. Elles se rendent compte qu’attendre, apprendre des théories et s’entraîner ne suffira pas.

Jean Hegland nous offre un roman lucide, poétique, qui interroge sur les vraies valeurs dans ce monde. Privées de ce qui semblait acquis (Internet, l’électricité, les moyens de transport, les supermarchés, les produits d’hygiène élémentaires, …), ses héroïnes seront obligées de se recentrer sur l’essentiel : satisfaire les besoins primaires. Le lecteur suit l’évolution des mentalités de ces jeunes femmes, les prises de conscience successives, les efforts d’adaptation, la réutilisation du moindre objet dans la maison, la richesse de la forêt, les avantages à vivre en communion avec la nature, la capacité de l’humain à rebondir et à retrouver des réflexes et un savoir inné oubliés.

Un excellent roman, plaisant à lire, émouvant, captivant, qui offre de surcroît des pistes de réflexion, loin des super-héros censés sauver le monde.

Mais lorsque notre monde de surconsommation se cassera la gueule, n’aurons-nous pas trop tiré sur la corde ? N’aurons-nous pas épuisé les ressources de notre mère Nature ?

Extraits

Cet après-midi, ce qui m’a rendue triste, c’est le peu de choses qu’il reste quand une personne est partie. (p.56)

– Le livre sur le jardinage dit que les cerfs ne mangent pas les tulipes.
– J’espère que les cerfs ont lu le même livre, a-t-il répondu. (p.64)

J’ai tellement envie que quelqu’un réclame ce que je rêve de donner. (p.82)

– Merci de m’avoir aidée.
Elle a haussé les épaules.
– C’est à ça que servent les sœurs, non ? a-t-elle dit. (p.86)

 Une part de moi a envie de lui crier dessus, de la critiquer, de lui reprocher le placard vide et la route démolie et toute ma solitude. Mais une autre frémit à la pensée d’un désaccord, et cherche désespérément à s’entendre avec la seule personne qu’il lui reste. (p.177)

 La meilleure occasion, c’est quand il n’y a pas d’occasion. (p.179)

 Ma vie m’appartient. (p.194)

 Pourtant, il y a une lucidité qui nous vient parfois dans ces moments-là, quand on se surprend à regarder le monde à travers ses larmes, comme si elles servaient de lentilles pour rendre plus net ce que l’on regarde. (p.200)

 J’ai vécu dans une forêt de chênes toute ma vie, et il ne m’est jamais venu à l’idée que je pouvais manger un gland. (p.227)

 Mais j’ai appris quelque chose que l’encyclopédie ne sait pas – quand la lune est croissante on peut l’atteindre et tenir délicatement sa courbe externe dans la paume de la main droite. Quand elle est décroissante, elle remplit la paume de la main gauche. (p.258)

Mais quand j’ai franchi le seuil, elle m’est de nouveau apparue comme l’unique maison que j’avais toujours connue. Elle sentait encore l’odeur de mon enfance, elle abritait encore les fantômes de mes deux parents, les fantômes de toutes celles que j’avais été autrefois. (p.299)

L’auteure et son œuvre

Jean Hegland est née en novembre 1956 à Pullman dans l’Etat de Washington. Après avoir accumulé des petits boulots, elle devient professeur en Caroline du Nord. A vingt-cinq ans, elle se plonge dans l’écriture, influencée par ses auteurs favoris, William Shakespeare, Alice Munro et Marilynne Robinson. Son premier roman, « Dans la forêt », paraît en 1996 et rencontre un succès éblouissant. Il a été adapté au cinéma en 2015. Elle a écrit également plusieurs essais et deux autres romans, « Apaiser nos tempêtes » (2004 / Windfalls) que je n’ai pas encore lu et « Still time » (2015) non traduit en français à ce jour.

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Richard Matheson – Le jeune homme, la mort et le temps

(Fantastique / 1975 / Bid time return)

Couverture du roman Le jeune homme, la mort et le temps de Richard Matheson

Richard Collier, 36 ans, est atteint d’une tumeur inopérable. Il décide de passer le peu de temps qu’il lui reste à vivre dans un vieil hôtel au bord de la mer. Il y trouve une photographie d’Elise McKenna, une ravissante actrice du 19ème siècle. Intrigué, il cherche à connaître la vie de cette jeune femme. Puis il tombe amoureux de cette beauté du passé. Elle l’obsède. Et s’il parvenait à la rejoindre ? Ou est-il en train de perdre la raison ?

Commentaire

« Le jeune homme, la mort et le temps » est une histoire qui mêle romantisme et fantastique. Une course contre la montre entre l’amour et la mort. Un voyage poétique sans machine à remonter le temps, ni technologie moderne. Richard Matheson parvient à embarquer le lecteur dans cette histoire improbable par la force de ses mots, la volonté et les sentiments de ses personnages. Et la puissance des symphonies de Mahler.

Extrait

C’est tout à fait moi, ça. Trente-six ans, de passades en feux de paille, une vie semée de liaisons imitant l’amour. Mais rien de vrai, rien de solide.
Et voilà qu’ayant attendu d’être atteint d’une maladie incurable, je me mets en devoir de tomber enfin amoureux d’une femme qui est morte depuis une bonne vingtaine d’années.
Qui dit mieux ? (p.37)

L’auteur et son œuvre

Richard Matheson (20 février 1926 – 23 juin 2013) était un écrivain et scénariste américain aux talents multiples. Il a œuvré avec succès dans plusieurs genres : science-fiction, fantastique, policier, suspense, horreur.

Ses deux premiers romans sont des classiques de la science-fiction, adaptés au cinéma : « Je suis une légende » (1954 / I am a legend) et « L’homme qui rétrécit » (1956 / The shrinking man).

Parmi ses nombreux autres romans de science-fiction et fantastiques : « Échos » (1958 / A stir of echoes), « La maison des damnés » (1971 / Hell house), « Au-delà de nos rêves » (1978 / What dreams may come).

Au rayon policier, il est l’auteur entre autres de : « Les seins de glace » (1953 / Someone is bleeding), « Jour de fureur » (1953 / Fury on sunday), « De la part des copains » (1959 / Ride the nightmare, 1959).

Il a écrit des scénarios pour des séries réputées comme « La quatrième dimension » ou « Star Trek ».

Parmi la centaine de nouvelles à son actif, à noter « Le journal d’un monstre » (1950 / Born of man and woman) dans laquelle un enfant s’interroge sur le traitement que lui infligent ses parents, et « Duel » (1971) à partir de laquelle Richard Matheson écrira le scénario du premier film du même nom de Steven Spielberg.

Mon Richard Matheson ++

En plus de Le jeune homme, la mort et le temps, j’ai lu les deux incontournables « Je suis une légende » et « L’homme qui rétrécit », aux morales hautement philosophiques, ainsi que « La maison des damnés », « Échos » et des nouvelles. Je n’ai jamais été déçu par un écrit de Richard Matheson. Une valeur sûre.

Je suis une légende

Une pandémie transforme les humains en hordes de vampires. Robert Neville, immunisé accidentellement, résiste à la nouvelle espèce dominante. Mais pour combien de temps ?

L’homme qui rétrécit

Scott Carey voit sa vie se transformer en cauchemar lorsqu’il se rend compte qu’il rétrécit petit à petit, inéluctablement.

La maison des damnés

Le richissime Deustch, sur le point de mourir, paye une fortune quatre personnes pour déterminer en une semaine si une vie existe après la mort. Une semaine à passer dans une demeure hantée qui a décimé les deux dernières expéditions ayant cherché à percer son mystère trente ans plus tôt. La science va s’opposer au monde des esprits pour expliquer les phénomènes paranormaux et dangereux qui se produisent dans l’inquiétante maison des damnés.

Échos

Après avoir été hypnotisé lors d’une soirée entre amis, Tom Wallace voit un fantôme. A-t-il acquis des pouvoirs extraordinaires ou est-il en train de perdre la tête ?

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Shirley Jackson – Nous avons toujours vécu au château

(Roman noir / 1962 / We have always lived in the castle)

Couverture du roman Nous avons toujours vécu au château de Shirley Jackson

Merricat Blackwood, sa sœur aînée Constance et leur oncle Julian vivent dans une grande maison, à l’écart du village. Oncle Julian radote dans son fauteuil roulant, obsédé par l’écriture de ses mémoires. Constance et lui n’ont plus quitté le domaine familial depuis le drame qui a décimé la famille six ans auparavant. Seule Merricat s’aventure au-delà de leur jardin. Lorsqu’elle part faire les courses au village, elle est la cible d’une hostilité à peine dissimulée. Pourquoi les habitants de la petite bourgade détestent-ils autant les rescapés des Blackwood ?

Quatrième de couverture et premier paragraphe du roman

Je m’appelle Mary Katherine Blackwood. J’ai dix-huit ans, et je vis avec ma sœur, Constance. J’ai souvent pensé qu’avec un peu de chance, j’aurais pu naître loup-garou, car à ma main droite comme à la gauche, l’index est aussi long que le majeur, mais j’ai dû me contenter de ce que j’avais. Je n’aime pas me laver, je n’aime pas les chiens, et je n’aime pas le bruit. J’aime bien ma sœur Constance, et Richard Plantagenêt, et l’amanite phalloïde, le champignon qu’on appelle le calice de la mort. Tous les autres membres de ma famille sont décédés.

Commentaire

Le lecteur est plongé dans le vif du sujet dès les premières lignes du roman. Il découvre une narratrice pour le moins originale. Un peu barrée. Au fil des pages, s’installe une ambiance étrange, mélange de folie douce, de haine, de paranoïa, d’angoisse et de poésie.

Shirley Jackson s’amuse et joue avec nos nerfs : qui sont les plus dérangés, les Blackwood ou les villageois ?

Peu à peu, les personnages se dévoilent et les fils de l’intrigue se dénouent.

Une curiosité pour qui est prêt à entreprendre ce voyage singulier. Et une référence dans le genre.

L’auteure et son œuvre

Shirley Jackson est née le 14 décembre 1916 à San Francisco. Elle est décédée le 8 août 1965. Elle a écrit 6 romans et plus de 200 nouvelles. Le fantastique et l’horreur étaient ses genres de prédilection.

Elle est surtout connue pour sa nouvelle La loterie (1948 / The lottery) adaptée au cinéma en 2019, pour son roman La maison hantée (1959 / The haunting of hill house) considéré comme l’un des meilleurs romans de fantômes et adapté au cinéma (notamment par Robert Wise en 1963 qui en a fait un classique du cinéma d’épouvante : La Maison du diable / The haunting) et pour le roman dont il est question ci-dessus.

Son œuvre a influencé de nombreux écrivains, dont Richard Matheson et Stephen King.

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Donald Kingsbury – Parade nuptiale ♥

(Science-fiction / 1982 / Courtship rite)

Couverture du roman Parade nuptiale de Donald Kingsbury

Quatrième de couverture

Lointains descendants d’une diaspora humaine, les habitants de Geta, une planète aride et inhospitalière, ont adapté leur existence à ce milieu hostile en brisant l’ultime tabou. L’anthropophagie est devenue pour eux plus qu’un rite : une obligation religieuse, un moyen de survivre. Dans cet univers où la lutte pour le pouvoir passe par la sélection génétique, une cellule conjugale de cinq personnes – le chiffre idéal – tombe collectivement amoureuse d’une femme qu’elle souhaite épouser. Mais on lui en impose une autre… Chassé-croisé amoureux, intrigues politiques, aventures meurtrières se succèdent au fil de ce planet opera grandiose, comparé à sa parution aux fresques de Frank Herbert et d’Ursula Le Guin. Parade nuptiale a remporté le prix Locus du meilleur premier roman.

Commentaire

« Parade Nuptiale » de Donald Kingsbury est un petit bijou de science-fiction. Un roman fascinant et passionnant. Un voyage dépaysant. Un livre riche en sujets de réflexion. Un de mes romans de science-fiction préférés.

Donald Kingsbury a inventé un monde, Geta, avec une société, des codes, des mœurs et des lois complètement différents des nôtres. La survie de l’espèce et les contraintes du milieu ont nécessité de briser des tabous chez les premiers habitants de cette planète pauvre en ressources naturelles. Des pratiques que nous jugerions révoltantes sur notre bonne vieille Terre ont ainsi été instaurées par la force des choses. Donald Kingsbury ne nous décrit pas Geta dans le détail avant de nous lancer dans l’aventure des protagonistes de son roman. Au contraire, il plonge de manière très habile le lecteur directement dans l’histoire et lui fait découvrir au fil des pages cette étonnante société de Geta, ses particularités, sa violence, sa logique, ses règles et son concept de kalothi.

Des âmes sensibles pourraient être choquées par certains aspects du roman, notamment la banalisation du cannibalisme dans des contextes bien précis, en cas de famine par exemple. Au fil des pages, Donald Kingsbury parvient à humaniser les us et coutumes de Geta et de ses clans et, en comparaison, à pointer du doigt la cruauté, l’absence de bon sens et l’hypocrisie qui ont cours sur notre propre planète. Le lecteur revoit peu à peu sa position par rapport à son ressenti initial. Les barbares ne sont pas forcément là où on pourrait le penser !

Une oeuvre originale

Loin des surenchères technologiques, Donald Kingsbury réinvente la religion, la cellule familiale, la politique, les manières de gouverner, les castes, les sentiments, le sacrifice pour la communauté, l’art de ne rien gaspiller, le rapport à la mort.

Une cellule de trois frères et deux femmes souhaitent agrandir la famille avec une épouse 3, sauf qu’on leur impose pour raisons politiques une Hérétique en lieu et place de la femme qu’ils avaient déjà choisie. Donald Kingsbury utilise cet imbroglio amoureux sur fond d’oppositions de croyances, de rituels, de luttes de pouvoir et de conquêtes territoriales pour dérouler son histoire, palpitante du début à la fin. Sa créativité et sa précision rendent l’ensemble cohérent et crédible, ce qui constitue une jolie performance en soi.

La richesse des descriptions des personnages et des relations entre les uns et les autres contribue à la grandeur de ce roman.

Je n’ai rien lu de comparable.

Un petit chef d’œuvre d’intelligence, d’imagination et d’écriture.

« Parade Nuptiale » figurait dans la sélection finale du Prix Hugo 1983, en compagnie d’Arthur Clarke et d’Isaac Asimov.

Extraits

Sanan, leur frère qui, lui, n’avait pas su tricher avec le destin et qui avait fini sur la table du dîner et à la tannerie. (p.31)

 Lorsque le message lui était parvenu par la tour, annonçant la mort de son père, elle avait couru jusqu’à épuisement pendant trois aurores, dormant de temps en temps entre les courroies d’un Ivieth qu’elle avait engagé, pour assister à son banquet funéraire. Elle avait envié ceux qui s’étaient partagé sa chair sans avoir connu son énergie, sa gentillesse et son humour. Elle conservait toujours quelques lambeaux séchés et salés de sa viande qu’elle ne mangeait que lorsqu’elle avait besoin d’une force surhumaine. Son meilleur manteau était fait de sa peau et le manche de son couteau de l’un de ses os. (p.46)

 Quelqu’un qui est sûr d’avoir raison n’éprouve pas le besoin de persécuter les autres. (p.120)

 Une société assure sa stabilité en s’attaquant à ceux qui sont le moins à même de se défendre. (p.179)

 La tradition est un ensemble de solutions pour lesquelles nous avons oublié les problèmes. Laisse tomber la solution et tu retrouves le problème. Parfois, le problème s’est transformé ou il a disparu, mais il est souvent encore présent dans toute sa force. (p.263)

 Il tuait plus de gens qu’il ne pouvait en manger. C’était donc un imbécile. (p.366)

 Le drame n’est pas que de tels hommes existent, mais que d’autres leur aient permis d’occuper des positions importantes. (p.374)

 L’homme qui a eu peur toute sa vie croit que la peur est la seule stratégie qui puisse apporter la victoire car il a été vaincu par la peur. Ainsi, lorsque l’opprimé se révolte, il devient oppresseur. (p.385)

 La loi, c’est ce qu’on lit, pas ce qui est écrit. (p.501)

 L’auteur et son œuvre

Donald Kingsbury, né le 12 février 1929 à San Francisco, est un auteur de science-fiction américano-canadien.

Il a enseigné les mathématiques à l’université McGill à Montréal de 1956 à 1986.

Donald Kingsbury est l’auteur de 3 romans et de 8 nouvelles.

Outre « Parade nuptiale », il a écrit « The Moon Goddess and the Son », un roman court, et « Psychohistoire en péril » (Psychohistorical crisis), un roman qui se raccroche à l’univers de la psychohistoire et des fondations d’Isaac Asimov.

Il a également commencé un autre roman se déroulant dans l’univers de Geta, « The Finger Pointing Solward ». Il ne l’a malheureusement pas terminé. Une nouvelle en a été extraite et publiée en 1994 : « The cauldron ».

Une autre de ses nouvelles a pour cadre le monde de « Parade nuptiale » : « Shipwright », publiée en 1978.

Seuls « Parade nuptiale » et « Psychohistoire en péril » existent en traduction française à l’heure actuelle.

Je n’ai lu que « Parade nuptiale » de cet auteur.

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Lucas Griesmar – Cycle « Death Earth » ♥

(Science-fiction / 2020-…)

Couverture du roman Death Earth - Notre rendez-vous de Lucas Griesmar

La Terre est plongée dans la peur et la terreur. Un virus inconnu décime l’humanité. Les victimes de la pandémie sont transformées en zombies agressifs. Ces êtres répugnants tuent les personnes non atteintes par la maladie.

Dans ce nouveau monde privé de gouvernements et d’Internet, les survivants s’organisent. Leur priorité : la survie.

Très vite, d’autres menaces mortelles surgissent. Le meilleur et le pire de l’Homme cohabitent dans cet univers cauchemardesque et sans pitié.

Commentaire

Ce cycle post-apocalyptique mélange habilement baston (mais qui sera l’espèce dominante en fin de compte ?) et réflexions (sur l’origine de l’Homme, les ponts, le 7e sens, …).

Le tout est agrémenté de personnages hauts en couleur et de clins d’œil décochés çà et là (références entre autres à une saga célèbre de science-fiction, un écrivain français et une personnalité de l’Antiquité).

Jusqu’aux révélations finales de chaque tome (en attendant des suites ?), étonnantes et bien trouvées.

Une bien bonne surprise, en ce qui me concerne !

Romans du cycle « Death Earth »

A ce jour, ce cycle est composé de trois courts romans :

Death Earth : Notre Rendez-Vous (2020)
Death Earth : L’Enfant Terrible (2020)
Death Earth : L’Amorce (2021)

Extraits

Le réveil a été brusque et dur. Ma tête a percuté le crâne d’un zombie alors que je peinais à reprendre mes esprits. Sous le choc, la tête du monstre s’est détachée de son corps. Elle a roulé sur le tableau de bord.

Notre choix sera forcément le bon puisque c’est le nôtre.

 En devenant avocat, j’ai décidé de défendre les coupables et de sauver les innocents.

 L’échec commence par l’abandon, la réussite par l’essai.

 La justice est ce que nous décidons être juste. Ni plus, ni moins.

 – Le dernier arrivé est un zombie mouillé !

 Il existe deux types de questions. Celles pour découvrir et celles pour vérifier.

L’auteur et son œuvre

Lucas Griesmar, né en 2000, est mon fils. ♥

Le cycle Death Earth est sa première œuvre.

Couverture du roman Death Earth - L'enfant terrible de Lucas Griesmar

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Cornelia Funke – Cycle « Coeur d’encre »

(Fantasy / 2003 – 2007)

Couverture du roman Coeur d'encre de Cornelia Funke

« Coeur d’encre » est une trilogie de fantasy. Les personnages de Cornelia Funke naviguent entre notre monde et un monde fantastique. Suspense, rebondissements, pouvoirs magiques, aventures, sentiments, émotions, personnages hauts en couleurs, révélations et bien plus encore sont au rendez-vous de cette formidable histoire.

Quatrième de couverture du premier tome

Meggie, douze ans, vit seule avec son père, Mo. Comme lui, elle a une passion pour les livres. Mais pourquoi Mo ne lit-il plus d’histoires à voix haute ? Ses livres auraient-ils un secret ? Leurs mots auraient-ils un pouvoir ? Un soir, un étrange personnage frappe à la porte. Alors commence pour Meggie et Mo une extraordinaire aventure, encore plus folle que celles que racontent les livres. Et leur vie va changer pour toujours…

Commentaire

Ne vous laissez pas berner par l’étiquette « Jeunesse » collée à cette trilogie. Limiter la lecture de cette merveille aux jeunes serait comme condamner « Harry Potter » à ne jamais être lu par des adultes. Ce serait une grave erreur.

« Coeur d’encre » fait partie de ces œuvres qui rassemblent les générations, qui se lisent avec autant de plaisir par petits et grands (à partir de 11 ans est écrit sur ma quatrième de couverture). Ces œuvres qui, cerise sur le gâteau, permettent d’échanger sur des lectures communes entre générations.

Une fois qu’on plonge dans les aventures de la petite Meggie, on a du mal à refermer le livre et cette porte ouverte sur un univers fantastique. Puis le deuxième tome. Et enfin on est triste quand se termine le troisième volume, tellement on était heureux de partager les bons et les moins bons moments avec les héros de cette épopée.

A lire absolument par les amateurs du genre.

Le cycle

Il est composé de trois romans :

Cœur d’encre (2003 / Tintenherz)
Sang d’encre (2005 / Tintenblut)
Mort d’encre (2007 / Tintentod)

L’auteure et son œuvre

Cornelia Funke est née le 10 décembre 1958 à Dorsten, en Allemagne. Elle est une auteure célèbre dans son pays et dans le monde (traduite en au moins 37 langues), spécialisée dans la littérature pour la jeunesse.

Après avoir exercé comme éducatrice pour enfants pendant trois ans, Cornelia Funke a travaillé en tant qu’illustratrice de livres pour enfants, puis s’est mise à écrire ses propres histoires. Avec succès.

Cornelia Funke a écrit plus de 70 livres à ce jour.

Mon Cornelia Funke ++

J’ai lu deux autres romans de Cornelia Funke, « Le prince des voleurs » et « Le cavalier du dragon ». La qualité est toujours au rendez-vous. Par contre, ces livres s’adressent (uniquement ?) à un lectorat jeune.

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Lord Dunsany – La fille du roi des elfes

(Fantasy / 1924 / The King of Elfland’s daughter)

Couverture du roman La fille du roi des elfes de Lord Dunsany

Un forgeron, un fermier, un maître-laboureur, un chasseur de cerfs, un conducteur de chevaux et sept de leurs compagnons forment le Parlement du Pays des Aulnes. Ces hommes regrettent le manque de notoriété de leur village et de leur vallée. L’apport de magie dans le royaume pourrait régler ce problème, selon eux. Ils vont trouver le Roi des Aulnes dans son château. Ils lui font part d’une requête mûrement réfléchie autour de chopes d’hydromel : être gouvernés par un prince enchanté. Le Roi des Aulnes n’est pas convaincu par la pertinence de la demande, mais s’est toujours efforcé d’écouter la voix de son peuple. Il convoque son fils aîné et le somme de se rendre dans le Royaume Enchanté, à l’Est du Pays des Aulnes, et d’épouser la fille du Roi des elfes.

Alveric, en fils obéissant, entreprend le voyage à travers la forêt enchantée, à la recherche de Lirazel, la merveilleuse fille du Roi des elfes. Il compte l’enlever, la ramener dans la Terre des Hommes, puis l’épouser…

Commentaire

Lord Dunsany nous offre ici un des premiers romans de fantasy de l’Histoire. « La fille du roi des elfes » est tout d’abord une œuvre magnifiquement écrite, d’une grande poésie, empreinte de mélancolie. L’auteur privilégie les belles descriptions et les ambiances aux dialogues et à l’action. Ce conte au charme désuet enchantera les lecteurs prêts à s’immerger dans les aventures et mésaventures des habitants du Pays des Aulnes et de leurs voisins du Royaume Enchanté. Lord Dunsany leur fera découvrir des créatures magiques, des licornes, des trolls, un monde merveilleux. Ils trembleront pour les uns, riront avec les autres, comprendront qu’il est difficile de satisfaire tout le monde, surtout lorsque les visées des uns et des autres sont contradictoires. Et verront qu’il y a souvent une morale à la fin.

J’ai beaucoup aimé. Je me suis laissé bercer par le style envoûtant de Lord Dunsany. Le petit bémol qui pourrait éventuellement déplaire : le sort réservé aux animaux victimes de la chasse. À remettre cependant dans le contexte de l’époque où le roman a été écrit, sachant de surcroît que Lord Dunsany était un adepte enthousiaste de cette pratique.

Extraits

Tandis qu’Alveric restait immobile à l’orée du bois, l’épée à la main, le souffle suspendu et le regard fixé, par-delà la pelouse, sur le chef d’œuvre renommé du Royaume Enchanté, la fille du Roi apparut seule au portail. Éblouissante, elle avança sur la pelouse sans remarquer la présence d’Alveric. Balayant la rosée et la brume dense, son pied effleurait doucement et brièvement l’herbe d’émeraude qui se courbait pour se redresser aussitôt comme nos campanules sous la caresse fugitive des papillons bleus qui errent librement au flanc des collines crayeuses. (p.35)

– Il y a combien de temps que ce rocher se trouve là ?
Comme grêle sur pommiers en fleur, la réponse réduisit ses espoirs à néant :
– Il se trouve là : à nous de nous en accommoder. (p.59)

L’hiver descendit sur la vallée et emprisonna la forêt de son étreinte qui immobilisa et raidit les ramilles. Dans la vallée, le ruisseau s’était tu et dans les pâturages, l’herbe rare était devenue aussi fragile que l’argile cuite, tandis que les bêtes soufflaient une haleine semblable à la fumée qui monte d’un feu de camp. (p.105)

Alors, blotti sur son lit de foin, le troll écouta ce qu’il croyait être l’histoire de la Terre, bien qu’il ne connût pas le langage des pigeons. (p.170)

Nous sommes partiellement aveugles aux occupations d’autrui, mais quand nous rencontrons quelqu’un qui cherche la même chose que nous, nous le comprenons aussitôt, sans qu’il soit besoin de nous le dire. Et au moment précis où Lurulu vit le rat, il comprit que lui aussi cherchait quelque nourriture. (p.170)

L’auteur et son œuvre

Edward John Moreton Drax Plunkett est né le 24/07/1878. Il devient le 18e baron de Dunsany en 1899, succédant à son père. C’est sous ce nom que cet écrivain irlandais sera connu.

En 1904, Lord Dunsany épouse la fille d’un comte. Celle-ci lui donne un fils en 1906. Il combat durant la première guerre mondiale. De 1940 à 1941, il enseigne la littérature anglaise à Athènes. Il parvient à fuir lorsque les nazis envahissent la ville.

Athlète, grand voyageur, chasseur passionné, il trouvera malgré une vie bien remplie le temps d’écrire une soixantaine de livres : des romans, des recueils de nouvelles, des pièces de théâtre, de la poésie, des essais, des autobiographies. Méprisant les progrès mécaniques, il a écrit tous ses ouvrages à la plume d’oie.

Lord Dunsany a influencé de nombreux écrivains de fantasy et de science-fiction : HP Lovecraft, Lyon Sprague de Camp, Robert E Howard, Fletcher Pratt, Neil Gaiman notamment. « La fille du roi des elfes », un des premiers romans de fantasy, est considéré comme son chef d’œuvre.

Lord Dunsany est mort à Dublin, le 25/10/1957.

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Ken Grimwood – Replay

(Roman – fantastique / 1986)

Couverture du roman Replay de Ken Grimwood

Jeff Winston meurt d’une crise cardiaque à l’âge de 43 ans. Il se réveille dans son corps d’étudiant en ayant conservé les souvenirs de sa vie précédente. Une deuxième chance lui est offerte pour améliorer sa première existence, avec de nouveaux atouts dans son jeu : ses acquis et la connaissance de l’avenir proche. S’en sortira-t-il mieux cette fois-ci ? Et qu’arrivera-t-il le fameux jour de son décès à 43 ans ?

Commentaire

À la lecture du synopsis, on pourrait imaginer être en présence d’une énième version du thème abondamment exploité du voyage dans le temps, avec des machines hautement technologiques, des concepts scientifiques élaborés, des obscures failles temporelles, des paradoxes savamment développés, voire des guerres post-apocalyptiques. Que nenni. « Replay » s’inscrit dans un autre registre.

« Replay » est un roman exceptionnel.

Un roman addictif. Le lecteur est ballotté entre les rêves, les désillusions, les histoires sentimentales, les objectifs, les doutes et les espoirs, les réussites et les échecs des protagonistes. Il est tour à tour ému, surpris, déçu ou heureux par la tournure des événements, la curiosité constamment en éveil. L’écriture est fluide, l’intrigue constamment relancée.

Un roman intelligent. Ken Grimwood explore avec habileté deux sujets majeurs dans « Replay » : le grand amour et le sens de la vie.

Je ne vais pas m’étendre sur le grand amour, admirablement traité. En d’autres termes, il ne s’agit pas d’une histoire larmoyante à l’eau de rose.

Le sens de la vie

Ce deuxième sujet est plus complexe que le grand amour. Que faire de notre existence ? Jouir des plaisirs de la chair et de l’esprit ? Gagner beaucoup d’argent et accumuler des biens matériels ? Se rendre utile à la société ? Mener une paisible vie familiale ? Changer le monde ? Un peu de tout ça à la fois ? Mais comment s’y prendre ? Où placer le curseur ? Avec qui ? Ce roman rappelle que le temps s’écoule inexorablement. Que dans la vraie vie, nous n’avons qu’une vie, et que nous avons tout intérêt à savoir la vivre. Parce que le temps passé ne revient pas. Parce que chacun de nos choix oriente notre voyage de manière significative, parfois sans retour en arrière possible, en écartant définitivement certains chemins potentiels. Et parce que ne pas choisir et se complaire dans la routine est aussi un choix.

Un roman touchant, marquant. Un roman qui laisse méditer longtemps après la dernière page tournée, qui fait reconsidérer le sens de la vie, de notre unique vie.

À lire pas uniquement par les amateurs de science-fiction ou de fantastique : ce roman va au-delà des genres littéraires et peut être apprécié par tout lecteur aimant les bonnes histoires et les axes de réflexion abordés.

Extraits

Ce qui lui avait paru autrefois merveilleusement érotique lui était maintenant révélé dans toute sa médiocrité, sans l’embellissement que confère le recul du temps : une petite branlette rapide sur le siège avant d’une Chevrolet, avec comme toile de fond de la mauvaise musique. (p.49)

 Voyez-vous, il y a le blues triste… Mais le blues le plus triste, c’est pour ceux qui ont eu tout ce qu’ils désiraient puis l’ont perdu et savent qu’ils ne l’auront jamais plus. Aucune souffrance au monde n’est pire que celle-là. (p.154)

 Les vieillards, surtout, le fascinaient : leurs regards pleins de souvenirs lointains et d’espoirs perdus ; leur corps voûté comme en prévision de la fin des temps. (p.404)

 Même le bonheur qu’ils étaient parvenus à trouver ensemble s’était écoulé à une vitesse vertigineuse : quelques années volées ici et là, des moments fugitifs d’amour et de contentement pareils à des bulles évanescentes d’écume sur une mer de solitude, de séparation inutile. (p.404)

 Chaque vie avait été différente, car chaque choix est toujours différent, imprévisible dans ses conséquences et son aboutissement. (p.428)

 Le seul véritable échec, et le plus douloureux, aurait été de ne prendre aucun risque. (p.428)

 Sa vie dépendait de lui, et de lui seul. Les possibilités étaient infinies et il le savait. (p.430)

L’auteur et son œuvre

Ken Grimwood est né le 27 février 1944 en Floride. Marié, sans enfants, il décède le 6 juin 2004 d’une crise cardiaque.

Il a écrit cinq romans. « Replay » est le seul à avoir été traduit en français à ce jour.

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Amélie Nothomb – Acide sulfurique

(Roman – dystopie / 2005)

Couverture du roman Acide sulfurique d'Amélie Nothomb

Dans un futur plus ou moins proche, des rafles autorisées par la loi sont organisées pour recruter, sans leur aval, les candidats d’une nouvelle émission de télé-réalité, « Concentration ». Le principe de l’émission est de montrer aux spectateurs les privations et humiliations des candidats prisonniers sous le joug d’impitoyables candidats kapos. Leur inexorable affaiblissement. Leur détresse. Leur mise à mort également. Le tout, en direct et sans filtre.

« Concentration » scandalise évidemment les médias et l’opinion publique. L’audimat atteint toutefois des sommets.

La laide et stupide kapo Zdena tombe sous le charme de la plus belle des prisonnières, Pannonique, connue dans le camp sous le nom CKZ 114.

Commentaire

Il fallait oser. Et Amélie Nothomb a osé. Dénoncer les excès de la télé-réalité, l’hypocrisie et le voyeurisme des spectateurs et la course à l’audimat, peu importe les moyens employés, en associant ce genre télévisuel à une barbarie qui a marqué l’Histoire de la plus mauvaise des manières, les camps de concentration de la Deuxième Guerre mondiale. Avec tortures, destruction de la personnalité et exécutions incluses dans le concept, pour ne pas faire les choses à moitié.

Une dystopie courte, cruelle, écrite dans le style si particulier d’Amélie Nothomb. Une dystopie intelligente, qui prête à réfléchir. Un roman qui a provoqué l’indignation de certains, scandalisés par l’audace jugée déplacée de l’auteure. Une œuvre polémique ? À chacun de se faire sa propre opinion. « Acide sulfurique » est une véritable réussite en ce qui me concerne !

Visionnaire ? Terrifiant.

Les âmes sensibles préféreront peut-être les romans d’Amélie Nothomb décrits plus bas dans cet article. Surtout comme porte d’entrée de l’œuvre de cette auteure.

Extraits

Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus : il leur en fallut le spectacle (quatrième de couverture et premier paragraphe du livre).

 C’est quand son absence est la plus criante que Dieu est le plus nécessaire. (p.79)

 Il est beaucoup plus difficile de battre un individu dont on connaît le nom. (p.109)

 Comme n’importe quelle ratée, elle méprisait ceux qui excellaient là où elle avait échoué. (p.114)

 Ce qui est beau, c’est quand quelqu’un parle pour dire quelque chose. (p.115)

 Elle est sublime. Mais on peut être sublime et se tromper. (p.177)

L’auteure et son œuvre

Amélie Nothomb est un personnage à part dans le monde de la littérature. Cette mystérieuse dame au chapeau a le chic pour sortir du lot commun des écrivains francophones. Même sa date de naissance est sujette à débat. Selon certaines sources, elle serait née le 13 août 1967 à Kobé, au Japon. D’autres prétendent qu’elle a vu le jour le 9 juillet 1966 à Etterbeek, en Belgique. Qui d’autre peut se prévaloir d’être né deux fois, à plus d’un an d’intervalle, sur deux continents différents, à plus de 9000 kilomètres de distance ?

Fille d’un diplomate belge, elle passe son enfance au rythme des affectations de son père, au Japon, en Chine, à New York, au Bangladesh, en Birmanie et au Laos. Elle ne découvre véritablement la vie en Belgique qu’à dix-sept ans, l’âge de ses premiers écrits.

Elle connait son premier succès littéraire en 1992, avec le roman « Hygiène de l’assassin ». Depuis, elle collectionne succès et prix, publiant consciencieusement un livre par an.

Son œuvre est extrêmement variée. Les sujets de ses romans en partie autobiographiques proviennent de ses expériences et voyages à travers le monde. D’autres romans se rapprochent de fables. Ses écrits sont souvent courts, parfois complètement loufoques. Toutes ses œuvres ont comme points communs un style précis, incisif, empreint d’humour, des dialogues savoureux et une manière particulière de distiller des idées et des observations lucides et pertinentes qui prêtent à réflexion. Le noir et le morbide font partie du riche attirail de l’auteure. L’expérimentation et l’inventivité aussi.

À tester, si vous n’y avez jamais goûté. Et plus si affinités.

Amélie Nothomb peut compter sur un public large et fidèle, dont elle est très proche. Elle va notamment régulièrement à sa rencontre lors de séances de dédicaces.

Mon Amélie Nothomb ++

Je ne connais pas encore tous les écrits de cette auteure, mais je n’ai jamais été déçu par les œuvres que j’ai lues.

Pour moi, un roman d’Amélie Nothomb est comme une friandise très colorée. Lorsque la gourmandise me prend, j’en choisis une que je n’ai jamais goûtée et je la déguste avec volupté. Je me délecte alors de nouvelles saveurs, mélanges de sucré, de salé, d’acidité, d’amertume et de piquant. Des découvertes toujours agréables et surtout surprenantes.

Les livres d’Amélie Nothomb fonctionnent un peu comme la boîte de chocolats de Forrest Gump.

Trois bonbons à conseiller, parmi tant d’autres :

Métaphysique des tubes

(2000)

Roman autobiographique narrant les trois premières années de la vie d’Amélie Nothomb au Japon. Ce formidable récit présente une enfant qui découvre le monde et ses vérités, parfois cruelles. Avec beaucoup de lucidité, de clairvoyance et d’humour.

Stupeur et tremblements

(1999)

Encore un roman en partie autobiographique. Amélie Nothomb est recrutée pour un an dans une très grosse entreprise japonaise, la compagnie Yumimito. Elle déchante très vite.

Un roman drôle qui s’apprécie sur trois niveaux : la description de la société japonaise ultra-coincée dans ses codes, les réactions occidentales et nothombiennes de l’auteure et le style d’écriture décapant. Imparable !

Peut-être le roman idéal pour découvrir Amélie Nothomb.

La nostalgie heureuse

(2013)

Et un troisième roman autobiographique. Récit des retrouvailles entre Amélie Nothomb et le Japon en 2012, pour le tournage d’un reportage sur la romancière. Retrouvailles également entre Amélie Nothomb et Nishio-san, sa nounou adorée qu’elle a quitté le cœur brisé à l’âge de six ans, entre Amélie Nothomb et Rinri, son amour japonais de ses vingt-et-un ans. La relation de l’époque entre Amélie et Rinri a fait l’objet d’un autre roman : « Ni d’Ève ni d’Adam ».

J’ai été particulièrement ému en lisant dans « La nostalgie heureuse » :

Les caniveaux et les égouts n’ont pas changé. (p.49)

Et bien entendu par les retrouvailles entre Amélie et celle qu’elle considère comme sa deuxième mère.

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