Sandor Marai – Les braises ♥

(Roman / 1942 / A gyertyák csonkig égnek)

Couverture du roman Les braises de Sándor Márai

Deux vieillards se retrouvent quarante-et-un ans après. Ils étaient les meilleurs amis du monde. Mais quelque chose s’est brisé. Ils savaient qu’ils s’en expliqueraient. Le jour est venu. Dans l’antique château, comme autrefois, autour d’un dîner.

Toute l’histoire est résumée dans ces six phrases. Une histoire simple et complexe. Après quoi ? Pourquoi ?

« Les braises » est un roman d’une puissance phénoménale. Sa force ? Ce qui est dit. Ses silences. Ce qui n’est pas dit.

Deux amis à la vie à la mort. Des souvenirs. L’événement. La cassure. Le temps qui fait son œuvre, qui vieillit les deux hommes mais qui ne change rien au décor qui traverse l’Histoire, témoin muet, inaltérable. Le décor figé où ces deux hommes se retrouvent pour l’ultime explication.

Sandor Marai nous parle d’amitié, du temps qui passe, d’époque révolue, d’amour, de conséquences, de trahison, d’honneur, de vengeance, de sang, d’interrogations, du bilan final. Il décortique sans se presser la vie, les sentiments, les regrets, la mort, et se tait quand il convient de se taire.

Une nostalgie poétique et oppressante. La mélancolie hongroise, retenue et à nue. Une prouesse littéraire.

L’auteur et son œuvre

Sándor Márai est né le 11 avril 1900 à Kassa (à l’époque en Hongrie, devenue Kosice en Slovaquie), et mort le 22 février 1989 à San Diego, aux États-Unis. Cet écrivain et journaliste hongrois a écrit notamment près de trente romans, des nouvelles, de la poésie, des pièces de théâtres, des essais et des récits de voyage.

Issu d’une famille aisée, il écrit très tôt des articles dans la presse hongroise. Il voyage au début des années 1920, en Allemagne, puis en France, découvre l’Europe et les spécificités de chaque pays. De retour en Hongrie, il connaît le succès avec ses romans de 1928 jusqu’à la deuxième guerre mondiale. Antifasciste, il voit avec tristesse la fin de la bourgeoisie avec l’arrivée des communistes au pouvoir. Il part en exil en 1948, en Suisse, puis 4 ans en Italie, et enfin aux États-Unis en 1952. L’immense œuvre de Marai sera redécouverte en Europe au début des années 1990. Depuis, il est cité parmi les grands écrivains européens.

Dans l’écriture de Sandor Marai, on retrouve la nostalgie propre au peuple hongrois, peuple isolé dans l’Europe centrale dont la langue ne ressemble à aucune autre de ses pays voisins, nostalgie amplifiée par l’Histoire du vingtième siècle. Du côté des perdants de la première guerre mondiale, la Hongrie, par le traité de Trianon, a perdu 71% de sa superficie au profit de ses voisins (Autriche, Tchécoslovaquie, Roumanie, Yougoslavie, Pologne et même Italie). Près d’un tiers des magyarophones se sont retrouvés du jour au lendemain dans un pays qui n’était plus la Hongrie. Une tragédie nationale. Réparée en partie pendant la deuxième guerre mondiale, puis définitivement actée après la nouvelle défaite.

Sandor Marai a vécu cette tragédie de l’intérieur. Il a grandi dans un pays riche et vaste. Il a vu la Hongrie s’effondrer, être écartelée, le mode de vie bourgeois s’éteindre, la liberté de son peuple disparaître. Sa plume saigne de cette nostalgie, présente de base dans l’âme hongroise et chez les écrivains des générations précédentes comme Dezso Kosztolanyi, mais démultipliée par les soubresauts injustes de l’Histoire, dont il a été témoin.

Plus tard, Laszlo Krasznahorkai accentuera cette nostalgie, déversera une mélancolie sombre et apocalyptique dans ses romans, lui qui a hérité des souvenirs de cette Hongrie à la beauté maltraitée, sans l’avoir jamais connue du temps de sa splendeur passée.

Mon Sandor Marai ++

J’ai lu six livres de Sandor Marai à ce jour.

Le premier amour

(Roman / 1928 / Bébi, vagy az első szerelem)

Couverture du roman Le premier amour de Sándor Márai

Le premier amour est le journal intime d’un homme terne, dénué de volonté et d’ambition. Un roman puissant sur la solitude, la différence, l’éveil, les illusions perdues, le temps qui passe, la violence des sentiments, la complexité humaine. Un livre qui illustre remarquablement le talent d’analyste des méandres de l’âme humaine et de conteur de Sandor Marai. Bouleversant et marquant.

Voici le résumé, qui en révèle beaucoup de l’histoire, si vous avez besoin d’en connaître davantage pour savoir si ce roman pourrait vous plaire :

Le premier amour est le journal d’un professeur de latin. Célibataire, cet homme solitaire de cinquante-quatre ans s’est construit une vie sans surprise, sans humour, sans amis, sans amour, avec la routine comme confort de l’esprit. Ses interactions sociales sont limitées à ce que lui impose la bienséance, entre ses cours, ses collègues, les commerçants du quartier et sa vieille gouvernante. Il s’offre des premières vacances depuis vingt-huit ans en-dehors de sa petite ville hongroise. Il sent ne pas être à l’aise en société, ne l’avoir jamais été, ne s’en formalise pas. Ses rêves de jeunesse sont oubliés. Le temps a filé. Proche de la retraite, il hérite en tant que professeur principal d’une classe de terminale, lui qui avait l’habitude d’enseigner à des élèves plus jeunes. Une classe mixte. Les six élèves filles sont une première pour lui. Fort de grands principes, il craint que ce mélange ne pose des problèmes de bonnes mœurs. Très vite, il garde un œil sur un des bons élèves qui semble trop proche de ces filles. Il s’interroge. Comment intervenir ? Est-ce vraiment son rôle ? Il est entraîné malgré lui dans un tourbillon de sentiments intenses et nouveaux pour lui.

L’étrangère

(Roman / 1934 / A sziget)

Couverture du roman L'étrangere de Sándor Márai

Quelle histoire ! Un roman de 208 pages qui démarre sous une canicule inhabituelle de fin mai, dans un hôtel de la côte adriatique accueillant des clients de différentes nationalités. Je n’en dirai pas davantage sur l’intrigue.

Durant la première moitié du livre, Sandor Marai m’a baladé, perdu, endormi, interpellé. Il m’a fait baisser la garde pour mieux me happer ensuite, pour ne plus me lâcher, une fois qu’il a ajusté la mire, et s’est focalisé sur la grande question du roman. Imparable ! L’étrangère m’a tenu en haleine tout au long de la deuxième moitié. Impossible de le refermer avant la fin. Quelle question ! Quelle fin ! Quelle descente aux enfers. Une histoire et une écriture qui portent la signature de l’auteur. Des personnages et une manière de conter dont Sandor Marai a le secret, qui font qu’on y repense longtemps après avoir refermé le livre définitivement. En frissonnant parfois.

Les confessions d’un bourgeois

(Roman / 1934 / Egy polgár vallomásai)

Couverture du roman Les confessions d'un bourgeois de Sándor Márai

Je me suis piégé moi-même.

J’aime me plonger dans des livres sans lire au préalable la quatrième de couverture, sans même en connaître le sujet. J’aime découvrir, me laisser emporter par une histoire inattendue, qui se dévoile au fil des pages, qui me présente ses personnages, son époque, ses rebondissements, son ambiance, ses secrets.

J’ai donc procédé ainsi avec mon quatrième roman de Sandor Marai, un auteur doué pour me perdre pour mieux me rattraper et m’éblouir de sa capacité à décortiquer l’humain.

Sandor Marai m’a perdu en multipliant les personnages et les anecdotes. Plus j’avançais, moins je comprenais où il voulait en venir. Au bout d’une centaine de pages, j’ai craqué. Confessions d’un bourgeois est un de ses livres les plus connus, quelque chose devait m’échapper. Effectivement, quelque chose m’avait échappé : Confessions d’un bourgeois est un roman autobiographique, d’où cette foultitude de détails, de personnages, sans liens apparents les uns avec les autres. Ce lien, c’est la vie de l’auteur. Ses souvenirs. Ses ressentis mis à nu. Le livre s’éclairait d’une nouvelle lumière.

J’ai adoré suivre le cheminement de l’auteur. Ce n’était plus le lecteur qui était perdu en tentant de suivre les pensées d’un auteur, mais le lecteur qui suivait les pensées d’un auteur perdu. Ça change tout.

J’ai adoré ce garçon grandissant au début du 20e siècle dans la ville hongroise de Kassa (aujourd’hui Kocise en Slovaquie), au sein d’une famille bourgeoise. J’ai aimé ce mélange de populations qui ne posait pas de vrai problème à l’époque. J’ai accompagné l’adolescent à la découverte des mystères de cet âge. J’ai suivi Sandor Marai quand il a quitté sa famille, dans les écoles, puis à la conquête du monde, en quête de l’Européen. J’ai adoré sa vision de l’Allemand, du Français, de l’Italien, de l’Anglais. J’ai encouragé sa quête du bonheur dans le mariage. J’ai admiré son détachement face à l’argent et aux difficultés de l’existence, sa capacité à observer et ne pas se précipiter. J’ai partagé son attachement à sa patrie. J’ai lu avec attention son analyse de sa condition d’écrivain. J’ai compris son émotion quand le deuil frappait.

Dernier jour à Budapest

(Roman / 1940 / Szindbád hazamegy)

Couverture du roman Dernier jour à Budapest, de Sándor Márai

Un roman pas comme les autres. Une biographie romancée dans laquelle Sandor Marai rend hommage à son maître, Gyula Krudy, qu’il présente comme Sinbad le marin, le nom d’un personnage de roman de Krudy.

Sinbad part de bon matin en promettant à sa jeune femme de revenir pour dîner, avec de l’argent pour payer l’électricité et une robe pour leur fille. Il parcourt Budapest, nostalgique d’un temps révolu, souffrant de l’effacement de l’autre Hongrie.

Un livre d’une tristesse absolue. La mélancolie hongroise à son paroxysme. La nostalgie d’une époque, d’un pays perdu, d’écrivains disparus (avec mention notamment de Dezso « Dude » Kosztolanyi), de traditions perdues.

Si vous cherchez du suspense, de l’action, une romance, « Dernier jour à Budapest » n’est pas un bon choix de lecture. Ici, les ressentis, les souvenirs, les regrets, des scènes d’une Hongrie d’un autre temps tiennent la vedette. Et des personnages passés. Un récit fantôme qui tiendra en haleine celles et ceux qui sentent, comme Sinbad, comme Marai, la réalité s’effilocher et fondre dans un néant crépusculaire, en les oubliant dans un présent qui n’est pas tout à fait le leur, celles et ceux qui pleurent le pays et l’époque où ils se rappellent avoir été heureux, celles et ceux qui sont prêts à plonger dans ce puits d’images d’une grande force évocatrice.

Un texte d’une sensibilité extrême. J’imagine Sandor Marai écrivant ces pages denses, vidé à la fin de l’exercice, soulagé d’avoir réussi à transmettre ce sentiment de manque criant, fier de l’hommage rendu à Gyula Krudy.

Métamorphoses d’un mariage ♥

(Roman / Az igazi (1941) + Judit… és az utóhang (1980))

Couverture du roman Métamorphoses d'un mariage de Sándor Márai

Un coup de maître. Le roman le plus complet des six à mon sens, juste devant Les braises. L’auteur fait preuve d’une acuité remarquable. Ses analyses psychologiques des personnages sont un modèle du genre. Chaque personnage représente un type à lui tout seul, à la manière de ce que proposait Balzac dans la Comédie humaine, mais ici décliné dans l’Histoire qui a subi des bouleversements et des soubresauts terribles dans la période décrite. Sandor Marai ne s’arrête pas aux personnages individuellement. Il explore de façon tout aussi efficace les relations de couple et hors couple, la famille, les amis. Il élargit le point de vue au fonctionnement et interactions entre les classes sociales. Puis à l’évolution de l’ensemble dans l’Histoire, riche en rebondissements. Avec un regard particulièrement acéré, comme à son habitude, sur la bourgeoisie, sur ce qu’elle a perdu, sur ce à quoi elle s’accroche désespérément, sachant que c’est une cause perdue. Un focus intéressant sur la culture également et évidemment sur la Hongrie transformée. Quel livre !

La construction à plusieurs voix est remarquable aussi. Quatre longs monologues racontent la même histoire et ses prolongements, dans l’Histoire.

Une structure géniale dans la conception et dans la réalisation. Une même histoire racontée avec quatre regards différents. Chacun raconte sa vérité selon sa compréhension propre, les quatre sont très éloignées les unes des autres. Une vraie réussite.

Chef-d’œuvre.

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Stéphanie Perez – La ballerine de Kiev ♥

(Roman / 2024) Couverture du roman La ballerine de Kiev de Stéphanie Perez   Un roman intelligent et utile. Une histoire poignante et épouvantable, parce que faisant écho à une réalité toujours d’actualité. Indispensable.   Stéphanie Perez s’est appuyée sur sa propre expérience du terrain et sur des personnages et des événements réels pour construire ce roman terrible qui sonne d’autant plus juste. Son angle d’attaque, les danseurs de l’Opéra de Kiev avant et après l’invasion russe, met l’humain au cœur de cette aberration sanglante. Les corps, sublimes, au service de l’art. Les corps abîmés pour défendre le pays. Les corps morts pour sauver le peuple. Les esprits entraînés dans la même spirale insensée. L’art pour résister, au même titre que les armes, et pour apporter une lueur d’espoir. Des vies effacées. Des questionnements et des traumatismes dans un quotidien terrifiant et absurde pour les survivants.   En 1989, la chute du mur de Berlin, puis la fin de la guerre froide et la dislocation de l’URSS ont laissé présager un avenir inédit de paix en Europe, marquée par deux horribles guerres mondiales et par la tension entre Est et Ouest qui a suivi. Espoir de courte durée : l’explosion dans le sang de la Yougoslavie a montré la fragilité de l’équilibre européen dès les années 1990. D’autres conflits ont éclaté entre des Républiques de l’ex-URSS. Jusqu’à la guerre du Donbass et à l’annexion de la Crimée par les Russes en 2014. Jusqu’à l’invraisemblable invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.   Les Ukrainiens vivaient comme nous. Depuis le début du conflit, ils sont retournés dans les affres de la guerre, du jour au lendemain. Personne n’est malheureusement à l’abri de guerres menées par des mégalomanes sans scrupules avides de pouvoir, au nom d’un obscurantisme idéologique, religieux ou non. En attendant, des civils ukrainiens, des jeunes Ukrainiens et des jeunes Russes meurent chaque jour. C’est insensé.   Merci Stéphanie Perez pour cette mise en lumière éprouvante et poétique de cette énième guerre en Europe.   Il y a plus d’un siècle, on évoquait déjà la dernière. On a vu ce que ça a donné. La dernière sera sans doute celle qui mettra un terme à l’humanité.  

L’auteure et son œuvre

Stéphanie Perez est née en 1973. Elle est journaliste et auteure. Grande reporter depuis plus de vingt-cinq ans pour France Télévisions, elle couvre depuis plusieurs années la situation au Proche-Orient et en Ukraine. Ses romans ont remporté de nombreux prix. Outre La ballerine de Kiev, elle a publié Le gardien de Téhéran (2023) et Le berger d’Alep (2026).

Mon Stéphanie Perez ++

Je n’ai rien lu d’autre de cette auteure pour le moment.

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Nour Malowé – Le printemps reviendra ♥

(Roman / 2024)

Couverture du roman Le printemps reviendra de Nour Malowé

Un cri assourdissant retenu dans tant de poitrines. Un compte à rebours suffocant. Le retour inéluctable d’un passé terrifiant. L’indicible menaçant la chair de sa chair. Une souffrance innommable promise à des millions de femmes. Des barbus sanguinaires, animés par la violence et la destruction. Aucune porte de sortie.

 

Été 2021. Les Américains annoncent quitter l’Afghanistan dans moins de deux mois, après 20 ans d’occupation vaine. Ils n’auront pas réussi à éradiquer les talibans. Ces fanatiques entreprennent la reconquête du pays, ville après ville, qui se parachèvera avec la prise de Kaboul.

Nour Malowé nous plonge au cœur d’une famille afghane. Les parents, la cinquantaine, ont connu les talibans au pouvoir avant l’arrivée des Américains. La mère, chirurgienne, tremble pour elle mais surtout pour ses deux garçons et sa fille, étudiants presque adultes qui ne peuvent imaginer ce qui les attend.

Une lecture irrespirable. Ceux qui arrivent détruiront amour, art et liberté. Ils détruiront les femmes.

 

Un roman bouleversant, mais avant tout une réalité. Les barbares afghans avilissent, humilient, torturent, tuent toujours leurs femmes, en 2024 quand ce livre a été publié, aujourd’hui en 2026, jour après jour, en toute impunité, utilisant sans honte une religion pour justifier l’intolérable. Le quotidien de ces femmes continue à être un enfer. Leurs larmes, nos larmes, n’y changent rien. Le retour des barbares et de l’obscurantisme a brisé des destins, des projets, des rêves d’avenir.

La plume sublime de Nour Malowé peint la malédiction des femmes d’être femmes, mais aussi leur force, leur intelligence et leur sensibilité, leur courage, leur volonté inébranlable et leur amour maternel inconditionnel. Et un espoir.

 

Si vous croyez en un Dieu quelconque, priez pour que les Afghanes assistent très vite au retour du printemps et puissent se libérer des burqas et des restrictions inhumaines.

 

Le printemps reviendra, multi-primé, est à lire absolument, à offrir, à faire découvrir. Pour apporter une voix supplémentaire au silence insoutenable.

 

Citations

Ils peuvent tuer toutes les hirondelles, ils n’empêcheront pas la venue du printemps. Proverbe afghan.

Le partage n’est la source d’aucun appauvrissement.

 

L’auteure et son œuvre

Nour Malowé est née en 1973 à Paris et vit à Toulouse. Quand elle n’écrit pas, elle travaille dans une équipe mobile qui apporte des soins aux personnes en situation de précarité. Elle a obtenu de nombreux prix pour ses écrits, García Lorca et le poète birman (2026), Le printemps reviendra (2024), Le velours du vent (2023), L’aïeul de tout le monde (2021), Abda et la fille de la pluie (2020), Le brocart bleu (2017), Les rumeurs de la Terre (2016).

 

Mon Nour Malowé ++

Je n’ai rien lu d’autre de cette auteure pour le moment.

 

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Marianne Jaeglé – L’ami du Prince ♥

(Roman / 2024) Couverture du roman L'ami du Prince de Marianne Jaeglé Merci Sénèque d’avoir livré cette ultime confidence sous forme d’une longue lettre à ton ami Lucilius, avant d’exécuter le dernier ordre que te donnera Néron. Merci Marianne Jaeglé d’avoir prêté une oreille attentive à Sénèque et d’avoir retranscrit ce bilan du grand philosophe sur ses réussites, ses échecs et les conséquences de ses actes et de ses conseils durant ses quinze ans d’éducation de celui qui deviendra l’Empereur Néron. L’ami du Prince est une œuvre fascinante. Merci Marianne Jaeglé d’avoir redonné vie à Sénèque, le 12 avril 65 avant JC, le temps pour lui de partager avec nous ses doutes, de nous expliquer ses choix, de nous faire entrer dans les coulisses politiques de l’Empire, de nous brosser le portrait de personnages passés à la postérité et d’autres de l’ombre, de décortiquer pour nous les arcanes du pouvoir, de replacer dans le contexte ses décisions prises en tentant, pas toujours avec succès, de respecter ses convictions personnelles tout en œuvrant pour le bien de son protégé, poète sans cœur et tyran sanguinaire, et de l’Empire, sans oublier le peuple et les proches du palais, entraînés parfois contre leur gré dans l’engrenage des jeux d’influence, au prix de leur vie pour les perdants. L’ami du Prince est un récit captivant, écrit dans un style accessible et fluide. Une introspection passionnante. Une leçon d’Histoire, de philosophie, de psychologie, d’humilité et de littérature. Prix Orange du Livre 2024. À lire absolument ! Je conseille également Néron, le poète sanglant, de Dezso Kosztolanyi, aux amateurs de cette période de l’Histoire.
Citation
Les Dieux aident ceux qui agissent.

L’auteure et son œuvre

Agrégée de lettres modernes, Marianne Jaeglé a publié une dizaine de livres, dont Vincent qu’on assassine et Un instant dans la vie de Léonard de Vinci. Elle anime également des ateliers d’écriture.

Mon Marianne Jaeglé ++

Je n’ai rien lu d’autre de cette auteure pour le moment.

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Claude Griesmar – Auteur

Mon actualité :

– 4 mars, publication d’un deuxième Hors-série : Entretien avec Claude 4.5.

Couverture de l'essai Entretien avec Claude 4.5 de Claude Griesmar

– Janvier 2026 : un florilège d’avis sur les livres de la Collection du Chat Noir.

– Membre du Grand Jury du Prix Bernard Lecache 2025.

– 3 septembre, publication d’un Hors-série consacré à l’Intelligence Artificielle : Entretiens avec Claude.

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Interview de la chroniqueuse Instagram @natha.livres suite à sa lecture de Gris comme la mort.

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– 6 juin, publication de mon nouveau roman : Gris comme la mort !

Couverture du roman Gris comme la mort de Claude Griesmar

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Deuxième Hors-série du Chat Noir – J-7

L’Intelligence Artificielle bouge plus vite que le monde et fait ressembler notre présent à un futur rêvé ou cauchemardé.

Dans 7 jours, Entretien avec Claude 4.5 succèdera à Entretiens avec Claude.

Celles et ceux qui pensaient avoir tout lu dans le premier blanc du Chat Noir risquent d’en voir de toutes les couleurs dans le deuxième Hors-série consacré à l’IA. Mettez vos casques, attachez vos ceintures et préparez-vous à un nouvel échange vertigineux !

Rendez-vous le 4 mars 2026 pour la nouvelle déflagration du Chat Noir !

Couverture de l'essai Entretien avec Claude 4.5 de Claude Griesmar

Jodi Picoult – Mille petits riens

(Roman / 2016 / Small great things)

Couverture du roman Mille petits riens de Jodi Picoult

États-Unis, de nos jours. Quand un jeune couple de suprémacistes blancs est touché dans sa chair, la coupable toute désignée est la seule sage-femme noire de l’hôpital. Peu importe ses états de service exemplaires depuis vingt ans. Peu importe ses efforts pour éviter le drame. Peu importe la présence à ses côtés d’autres soignants au moment fatidique. Elle est noire, elle doit payer.

L’avocate commise d’office, blanche, est touchée par l’affaire. Très vite, elle est bousculée dans ses certitudes. La sage-femme noire qui a passé sa vie à tenter de s’intégrer dans un monde blanc ne tient pas juste à être innocentée. Elle veut être entendue. Elle ne veut plus une égalité théorique, mais une équité réelle. Quel sera le prix à payer ?

Jodi Picoult s’est fortement documentée pour écrire ce roman remarquable. Sur les suprémacistes blancs, leurs pensées, leur liberté d’exprimer haut et fort leurs convictions racistes aux États-Unis, leurs méthodes de recrutement, leurs habitudes d’actions violentes mais également de propagande sournoise à l’époque du numérique. Sur la communauté noire, son quotidien, ses aspirations, ses difficultés. Sur les milles petits riens qui chaque jour rappellent à chaque personne de la communauté noire qu’elle est noire de peau.

Mille petits riens décortique le racisme. Les convictions nauséabondes des suprémacistes. Que tous les non-suprémacistes condamnent fermement. Mais aussi le racisme latent, sournois, réel, présent dans des actions, réflexions, habitudes banales chez ceux qui s’estiment à mille lieues de toute idéologie affirmant que certaines catégories de gens sont supérieures à d’autres.

Jodi Picoult et Mille petits riens secouent et ça fait mal.

Mille petits riens peuvent faire beaucoup. Trop.

L’idée n’est pas l’autoflagellation mais la prise de conscience.

Un roman admirablement écrit et construit. Qui fait réfléchir. Je l’ai dévoré et il n’est pas mince en taille. Avis aux amateurs.

L’auteure et son œuvre

Jodi Picoult est née le 19 mai 1966 à Nesconset, dans l’état de New York. Elle a écrit sa première histoire à l’âge de cinq ans, Le homard qui a mal compris. Jodi Picoult a obtenu des diplômes à l’Université de Princeton, à l’Université de Harvard, au Dartmouth College et à l’Université de New Haven. Cette romancière à succès a publié une trentaine de romans.

Mon Jodi Picoult ++

Je n’ai rien lu d’autre de cette auteure pour le moment.

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Thomas Mann – Tonio Kröger ♥

(Roman / 1903) Couverture du roman Tonio Kröger de Thomas Mann Un roman court, intense et poignant. Tonio Kröger nait d’une mère méridionale, artiste, éloignée des problèmes matériels du quotidien, et d’un père allemand, bourgeois sérieux, respectable et respecté dans sa ville natale du nord de l’Allemagne. Tout le drame de la vie de Tonio Kröger vient de cette double influence contradictoire qui se transforme chez lui en mal-être et en questionnements. Dès son adolescence, ce débat intérieur permanent le fait se sentir différent de ses camarades. De ses racines du sud, il a hérité de l’amour de l’art et du beau, d’un besoin irrépressible de créer lui-même. Il écrit des vers et en même temps trouve cette passion ridicule, parce qu’elle ne correspond pas à l’image du père. Tonio, cheveux et yeux sombres, solitaire, plongé dans ses livres, admire la beauté de son ami Hans d’abord, puis plus tard d’Inge, des blonds aux yeux bleus qui vivent « normalement » : heureux, entourés d’amis, éloignés des questions existentielles. Dans tout le livre, reviennent des leitmotivs autour de ce tiraillement entre l’introspection douloureuse et le désir impossible à assouvir d’une vie simple, sérieuse mais heureuse. Thomas Mann s’est inspirée de sa propre vie et de ses propres doutes pour peindre Tonio Kröger. D’où la vraisemblance du personnage à l’âme tourmentée, attiré par son contraire, dans lequel se reconnaîtront celles et ceux qui ont également du mal à s’intégrer dans la société et qui se demandent régulièrement : « La création n’est-elle pas une malédiction ? Ne prive-t-elle pas du bonheur d’une existence simple et sereine ? ». Il n’est nullement question de placer les artistes au-dessus des communs des mortels, ou inversement, mais de souligner leurs différences. Les uns et les autres ne ressentent pas les choses de la même manière, ne vivent pas la même vie, n’ont pas le même accès au bonheur. Magnifique et marquant.

Extraits

Celui qui aime le plus est le plus faible, et doit souffrir. (p.45)

Il fallait être bête pour pouvoir marcher comme lui, et alors on était aimé, car on était aimable. (p.63)

Elle devait venir ! Elle devait remarquer qu’il n’était plus là, et sentir ce qui se passait en lui, elle devait le suivre sans bruit, ne fût-ce que par pitié, mettre sa main sur son épaule et dire : « Viens, rentre avec nous, sois content, je t’aime. » Et il tendit l’oreille derrière lui, et attendit avec une anxiété déraisonnable qu’elle vînt. Mais elle ne vint nullement. Ces choses-là n’arrivent pas sur la terre. (p.67)

Le cœur de Tonio Kröger se serra douloureusement à cette pensée. Sentir s’agiter et se jouer en soi des forces merveilleuses et mélancoliques, et savoir en même temps que ceux vers lesquels vous porte votre ardente aspiration demeurent à leur égard dans une sereine inaccessibilité, cela fait beaucoup souffrir. Mais quoiqu’il se tînt solitaire, exclu, et sans espoir devant une jalousie baissée, et qu’il feignît dans son affliction de regarder au travers, il était quand même heureux. Car dans ce temps-là son cœur vivait. Il battait ardemment et tristement pour toi, Ingeborg Holm, et son âme étreignait ta petite personnalité blonde, claire, mutine et quelconque, et se reniait elle-même avec bonheur. (p.68)

Plus d’une fois il se sentit vexé de ce qu’il pût causer avec Magdalena Vermehren, celle qui tombait toujours, de ce qu’elle le comprît, et rît et fût sérieuse en même temps que lui, tandis que la blonde Inge, même lorsqu’il était assis près d’elle, lui paraissait lointaine, étrangère et interdite, car son langage n’était pas le sien ; et malgré tout il était heureux. Car le bonheur, se disait-il, n’est pas d’être aimé : il n’y a là qu’une satisfaction de vanité, mêlée de dégoût. Le bonheur est d’aimer et peut-être d’attraper çà et là de petits instants où l’on a l’illusion d’être proche de la personne aimée. (p.69)

Il ne travaillait pas comme quelqu’un qui travaille pour vivre, mais comme quelqu’un qui ne veut rien faire d’autre que travailler, parce qu’il ne se compte pour rien en tant qu’être vivant, ne veut être considéré que comme créateur, et le reste du temps va et vient, terne et insignifiant, semblable à l’acteur débarrassé de son fard qui n’existe que lorsqu’il est en scène. Il travaillait en silence, enfermé chez lui, invisible et plein de mépris pour les petits écrivains dont le talent n’était qu’une parure de société, et qui, riches ou pauvres, circulaient, sauvages et débraillés, ou bien exhibaient des cravates recherchées, pensaient avant tout à couler des jours heureux en aimables artistes et ignoraient que les œuvres bonnes ne naissent que sous la pression d’une vie mauvaise, que celui qui vit ne travaille pas, et qu’il faut être mort pour être tout à fait créateur. (p.76-77)

C’est bizarre. Quand une pensée s’empare de vous, on la trouve exprimée partout. On la flaire même dans le vent. (p.82)

Voyez-vous, je reçois parfois des lettres de personnes inconnues, des pages de louanges et de remerciements que m’adresse mon public, des épîtres de gens émus, pleines d’admiration. Je lis ces lettres et je me sens touché par ces sentiments chaleureux et maladroits que mon art a éveillés, une sorte de pitié me prend à l’égard de la naïveté enthousiaste qui s’exprime dans ces lignes, et je rougis en pensant combien l’être honnête qui les a tracées serait désenchanté, s’il pouvait jeter un regard derrière les coulisses, si sa candeur pouvait comprendre qu’au fond un homme droit, sain et normal n’écrit, ne joue, ni ne compose… (p.85)

La littérature n’est pas un métier, mais une malédiction, sachez-le. Quand cette malédiction commence-t-elle à se faire sentir ? Tôt, terriblement tôt ; à une période de la vie où l’on devrait encore avoir le droit de vivre en paix et en harmonie avec Dieu et avec l’univers. Vous commencez à vous sentir marqué, en incompréhensible opposition avec les autres êtres, les gens normaux et comme il faut ; l’abîme d’ironie, de doute, de contradictions, de connaissances, de sentiments, qui vous sépare des hommes, se creuse de plus en plus, vous êtes solitaire et désormais il n’y a plus d’entente possible. (p.86)

C’est un fait qu’il n’y a rien de plus silencieux, rien de plus morne qu’un cercle de gens d’esprit que rien n’embarrasse. Toute connaissance est usée et ennuyeuse. Exprimez une vérité dont la conquête et la possession vous ont peut-être procuré une certaine joie juvénile ; on répondra à vos banales lumières par un bref « évidemment »… Ah oui, la littérature fatigue, Lisaveta ! (p.92-93)

Être comme toi ! Recommencer encore une fois, grandir comme toi, droit, joyeux, simple, normal, régulier, d’accord avec Dieu et les hommes, être aimé des insouciants et des heureux, te prendre pour femme, Ingeborg Holm, et avoir un fils comme toi, Hans Hansen, — vivre, aimer, se réjouir, exempt de la malédiction de connaître et du tourment créateur, parmi les félicités de la vie ordinaire !… Recommencer depuis le commencement ? Mais cela ne servirait de rien. Ce serait de nouveau pareil — tout ce qui est arrivé arriverait encore. Car certains êtres s’égarent nécessairement, parce qu’il n’y a pas pour eux de bon chemin. (p.143)

Il réfléchit à ce qu’il pourrait dire, mais il ne trouva pas le courage de le dire. C’était de toute façon comme toujours : ils ne le comprendraient pas, ils l’écouteraient avec étonnement, car leur langage n’était pas son langage. (p.145)

L’auteur et son œuvre

Thomas Mann est né le 6 juin 1875 à Lübeck et mort le 12 août 1955 à Zurich. Lauréat du prix Nobel de littérature en 1929, il a écrit onze romans, dont Les Buddenbrook : Le déclin d’une famille (Buddenbrooks – Verfall einer Familie, 1901), Tonio Kröger (1903), Altesse Royale (Königliche Hoheit, 1909), La Montagne magique (Der Zauberberg, 1924), Joseph et ses frères (Joseph und seine Brüder, en quatre tomes entre 1933 et 1943), Charlotte à Weimar (Lotte in Weimar, 1939), Le Docteur Faustus (Doktor Faustus, 1947), une trentaine de nouvelles, dont Le petit Monsieur Friedemann (Der kleine Herr Friedemann, 1898), La Mort à Venise (Der Tod in Venedig, 1912), Mario et le Magicien (Mario und der Zauberer, 1930), deux pièces de théâtre et de nombreux essais. Il est considéré comme un des écrivains majeurs de la première moitié du vingtième siècle.

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Rainer Maria Rilke – Lettres à un jeune poète et autres lettres ♥

(Correspondance / 1929)

Couverture de la correspondance Lettres à un jeune poète et autres lettres de Rainer Maria Rilke

Fin 1902, Franz Xaver Kappus n’a pas 20 ans. Jeune élève officier, il se sent poète mais doute de son talent et du chemin à prendre. Il entame une correspondance avec Rainer Maria Rilke, lui demande conseil. Les deux hommes s’écriront pendant huit ans.

Kappus a publié dix des lettres de Rilke en 1929. Cette édition ajoute quatre lettres de Rilke envoyée à sa confidente Lou Andreas-Salomé, une autre à son beau-frère et une dernière adressée à sa femme Clara Rilke-Westhoff.

Ce livre est étrange. Il ne comporte que la moitié de la correspondance. Le lecteur imagine en partie les interrogations et les tâtonnements de Kappus.

Ce livre est fascinant. Rilke, qui n’a que huit ans de plus que Kappus mais jouit déjà d’une certaine notoriété, rédige des lettres d’une grande maturité. Il ne prodigue aucun conseil technique d’écriture. Il se livre à de profondes réflexions sur la nature de l’art et la manière de le vivre, les affres de la création, le sentiment d’être contraint de créer, la solitude, la nécessité d’accepter l’idée d’être seul dans la vie, les relations compliquées du créateur avec son entourage, le sexe, la complexité du couple, une interprétation de Dieu, la valeur du travail, la vertu de la patience, l’importance d’être soi-même, la difficulté de vivre. Visionnaire, il prédit l’avènement de la femme.

Rilke répond à Kappus. En même temps, il s’adonne sans retenue à une introspection instructive et passionnante pour analyser ses propres craintes et interrogations, pour tenter de lutter contre ses propres contradictions, entre ses théories et leur mise en pratique qui ne va pas de soi.

Ce livre s’apparente à un guide spirituel apaisant.

Pour qui les découvre, ces lettres sont magnifiques. Pour qui vit les mêmes doutes et questionnements, elles sont précieuses.

L’auteur et son œuvre

Rainer Maria Rilke est né le 4 décembre 1875 à Prague (alors en Autriche-Hongrie) et mort le 29 décembre 1926 à Montreux (Suisse). Poète, écrivain, traducteur, journaliste, il a beaucoup voyagé en Europe et en Afrique du Nord. Il a été un grand admirateur de Jens Peter Jacobsen et d’Auguste Rodin. Il a écrit de nombreux recueils de poésie en allemand, puis quelques-uns en français. Son œuvre comporte également des pièces de théâtre, des nouvelles, des essais, des correspondances et un roman, Les Cahiers de Malte Laurids Brigge (1910). Il est décédé d’une leucémie. Il est inhumé à Rarogne dans le canton du Valais.

Mon Rilke ++

J’ai n’ai rien lu d’autre de Rilke pour le moment.

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